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25 mars 2012 7 25 /03 /mars /2012 11:45

 

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             C'est une nuit sans lune, noire et profonde.

             Ses phares balaient l'asphalte.

             Elle descend prudemment. Seule, elle occupe toute la route, coupant les virages. De la vitre entrouverte, s'échappe la voix de Duke Ellington.

             La route sinueuse surplombe la mer, offrant une vue plongeante sur les stations balnéaires, taches lumineuses trouant l'opacité des ténèbres, dès qu'elle s'approche du précipice.

             Brusquement, la voilà qui prend de la vitesse, s'emballe. Les pneus crisssent.

             Devenue folle, elle oscille à toute allure, rasant les bords, jusqu'au moment où elle percute la paroi rocheuse, s'en va ricocher sur le parapet avant de disparaître, happée par le vide.        

 

 

 

                                Page 7  

 

 

 

 

 

Ce matin encore, elle me regarde de ses yeux bleus, source limpide, océan calme, abîme infini.

Mes mains se posent sur son visage.

Les yeux fermés, je le caresse, je l'apprivoise.

Mon visage.

Mon index descend sur l'arrête de mon nez, dessine ma bouche, glisse sur la courbe de mon menton, se perd sur mon cou. 

Mes mains descendent sur mon corps mince, jadis souple, aujourd'hui infirme.

J'ouvre les yeux.

Elle me regarde, l'inconnue du miroir. 

Elle dit se nommer Irina, mais je n'en suis pas sûre. Je ne sais pas ou plutôt je ne sais plus.

Irina Karpovna, tel est mon nom.

C'est Serge, mon mari qui s'occupe de moi, de ma mèmoire perdue.

Serge qui veille sur moi.

Serge et son frère Igor.

Page 31

 

 

 

Les adolescents retournèrent en bordure de rivière, scrutant l'onde colérique qui bouillonnait. Habituellement si claire, si limpide, l'eau brouillée, souillée, avilie par tout ce qu'elle emportait, filait à toute allure se jeter dans le fleuve qu'elle alimentait, comme pour se débarrasser de toutes ses ordures. Par endroits, des branchages, s'accrochant aux pierres, s'emmêlaient, s'agglutinaient, créant un fugace barrage détruit par la vaillance du courant.

Subrepticement, un fil rouge s'insinua dans le flot boueux, moirant son cours de veines écarlates.  D'abord ténu, bien vite têtu, il devint lien, corde, cordage ; tentaculaire, il prit possession de l'onde jusqu'à l'hémorragie. Le courant de la rivière malade, grossi par cet afflux soudain , s'affola, s'emballa, débordant sur la berge de sable fin, la tachant de son sang.
Luigi lâcha quelques jurons, serrant les poings, la tête tournée vers l'amont, vers la teinturerie de rouge.

Louis, se sentant insulté, apostropha son voisin. Ils se bousculèrent, se repoussèrent, puis se ruèrent l'un sur l'autre et tombèrent en un fuieux corps à corps.

Luigi plaqua Louis sur le sable qui s'incrusta dans son dos nu, tandis qu'une pierre proéminente se gravait dans son omoplate. D'un brusque coup de rein, Louis fit basculer son adversaire...

Page 79

 

 

Quittant l'enceinte du château, Emiliane s'engagea dans la rue principale qui traversait le bourg, rue que dame Hildegarde avait fait paver et au centre de laquelle elle avait fait aménager une rigole, chargée d'évacuer les eaux usées.

 Il était tôt, pourtant l'agitation était déjà grande, un peu comme si, profitant du redoux, les habitants de Saint-Jean-le Pré rattrapaient le temps perdu, prisonniers de l'importante masse neigeuse qui avait brusquement ensommeillé leur vie. La neige était venue dès le premier jour de l'Avent, tombant silencieusement en gigantesques flocons, s'insinuant partout, masquant les contours, édifiant de nouvelles murailles, barrant les portes, fermant les fenêtres. Quand tout fut blanc, le gel se chargea de maintenir en place le manteau cotonneux.

Des courageux, armés de pelles, avaient poussé, repoussé, tourné, retourné, creusé la couche épaisse, aménageant des passages pour une vie au ralenti.

Aprés une quinzaine de jours de froid virulent, une nuit, la température s'était radoucie, anéantissant le carcan glacé, libérant enfin la contrée.
Sous le capuchon baissé d'une lourde pélerine de  drap sombre, Emiliane voyageait incognito au milieu de cette foule, devenue dense à l'approche du coeur de la cité. Elle bifurqua dans la ruelle boueuse qui conduisait à la place du marché. Son panier au bras comme une ménagère avertie, elle saisit à pleines mains les pans de sa jupe de toile grossière, la relevant de son mieux, afin d'éviter qu'elle ne bût l 'excédent d'eau salie du sol détrempé.
Perdue dans la cohue, elle n'avait d'autre alternative que de se laisser porter par le flux grouillant, avançant ou reculant au gré de la masse. Elle arriva alors au point crucial de l'embouteillage : une charrette embourbée barrait la rue, le charretier malingre tentait en vain de manoeuvrer son véhicule ; hélas, plus il insistait, plus il s'enfonçait. Un colosse se porta à son secours.
Comprenant qu'il faudrait encore beaucoup de temps pour libérer le passage, Emiliane reprit la maîtrise de son expédition et, jouant des coudes, tenta de faire demi-tour.

Page 115 

 

 

Brunehaut avait extrait de son fermail d'émeraudes la croix de résurrection. Chaque jour, elle la prenait un moment en main pour s'imprégner de son pouvoir. Se sentant immortelle, elle avait toutes les audaces, bravant tous les dangers, ainsi elle chevauchait à brides abattues, se laissant griser par la vitesse, sautant par-dessus les obstacles, franchissant des précipices sans éprouver le moindre frisson.

Il n'y avait qu'Hildegarde pour se mettre en travers de la route qu'elle s'était tracée, cette vieille truie avait la peau dure ! 

Page 180

 

www.ija.fr

 

      Photographie de couverture : Emmanuelle Russier

 

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Published by Pascale Blazy
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