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23 septembre 2012 7 23 /09 /septembre /2012 07:58

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                                                          La petite fée

 

 

                                                                                                                             épisode 2

 

 

 

 

 

Ma mère m’attendait pour le souper, je m’empressai de poser l’ours sur ma paillasse et de me laver les mains. Je racontai mon après-midi chez les Olmèques sans parler de mes découvertes.

Le repas achevé, nous lisions en silence jusqu’au moment de nous coucher.

Je m’endormis presque aussitôt, mon nouveau compagnon dans les bras.

 

Je marche lentement sur le sentier qui grimpe au pays des Olmèques.

Lorsque je débouche sur le plateau, tout est calme. Les gigantesques visages sculptés regardent à l’horizon.

Une petite fille s’amuse à courir autour des statues, entre ombre et lumière, un ours en peluche à la main. Elle est très belle dans sa robe blanche, ses longs cheveux blonds lui descendent jusqu’à la taille. La petite fée chantonne, esquisse un pas de danse, se baisse, ramasse une petite pierre verte, la fait tourner dans ses mains, la pierre brille sous le soleil. Elle s’élance en courant pour montrer son trésor.

«Maman, maman, crie-t-elle, en se précipitant vers le fond du plateau.»

La petite fée s’accroupit et secoue la dame endormie. Elle insiste. Le réveil est brutal, la femme la repousse, se lève, la saisit par le cou et serre, serre de ses deux mains, sans rien dire. Son visage est figé dans une expression de colère. La petite a lâché l’ours et la pierre. Son corps disloqué pend tristement au bout des bras maternels.

La femme se calme alors, ouvre les mains en murmurant : «tout est de ta faute, Jane.»

Soudain, son visage s’illumine, elle s’agenouille près du petit corps, le prend dans ses bras, le berce en chantant. Elle l’appelle son bébé, son petit ange.

 

Je m’éveillai en sueur. Dans l’obscurité, mes mains cherchèrent l’ours, sans le trouver. Je mis beaucoup de temps à me rendormir.

Accaparée par mes activités, j’oubliai ce rêve. Ce fut seulement le dimanche suivant que, me promenant avec ma mère parmi les monolithes, de fugaces bribes de ma rêverie revinrent.

Au moment de m’endormir, j’eus l’impression que l’ours, qui trônait sur ma pile de livres, m’observait. Je le retournai face au mur. Je me souviens avoir mis longtemps à trouver le sommeil et lorsque j’y parvins, la petite fée m’entraînait au pays des Olmèques. Je m’éveillai en sursaut, me rendormis péniblement pour replonger dans le rêve. Au matin, j’étais épuisée et très troublée par la scène de l’étranglement.

Par la suite, chaque nuit, la petite fée vint me visiter, j’assistais à sa mort, parfois plusieurs fois par nuit. J’en arrivais à retarder le moment de mon endormissement.  Les matins m’apportaient un peu de réconfort, bien que, parfois, il m’arriva d’avoir des visions éclaires dans la journée. Je ne dis rien à ma mère et j’évitai toute promenade dans le champ des monolithes. Je cachai l’ours au plus profond du coffre qui me servait à ranger mes effets et j’essayai d’oublier.

Cette attitude enfantine me fait sourire aujourd'hui, malgré toutes les années passées, je n'ai rien oublié, il me semble, au contraire, que plus le temps s'écoule et plus cette aventure se fait présente, chaque épisode devient plus précis avec tous ses détails.

 

Tout aurait pu s’arrêter là, seulement voilà qu’un matin en allant au Bodas de Plata, je découvris, placardée un peu partout, la photo de la petite fée. Impossible de me tromper, elle avait d’ailleurs dans les bras un ours marron avec une écharpe de laine rouge et beige à rayures. Sous la photo : «Recherche fillette. S’adresser hotel de Parque, calle Jose Perez». Des affiches surgissaient à tous les coins de rues. Ma journée bâclée, je courus me réfugier chez nous. Epuisée, je m’endormis.

 

Sur une plage, deux fillettes courent, la main dans la main. Deux petites fées identiques, en maillot de bain blanc. Une longue natte retient leurs cheveux blonds. Elles s’approchent de l’eau. La mer est tranquille, des vaguelettes viennent s’échouer sur le sable. Les fillettes accélèrent leur allure et entrent dans l’eau en riant. Elles jouent à s’éclabousser. Soudain, l’une des deux disparaît. La seconde cherche son double. Elle se retourne vers le rivage en hurlant : «Maman, maman ! »

De la falaise, une femme, toute vêtue de blanc, a vu la scène. Elle se précipite sur le sentier qui descend vers la plage. Elle court, court jusqu’au rivage, entre dans l’eau et repêche le petit corps sans vie. Elle l’allonge sur la grève. La petite fée a suivi. Elle pleure. La femme, assise sur le sable, attire l’enfant inanimée contre elle et la berce en chantonnant. Elle l’appelle son bébé, son petit ange. La petite fée s’agenouille près de sa mère. «Maman, maman, dit-elle doucement, entre deux sanglots.» La femme tourne vers elle un visage fermé par la colère et dit froidement : «tout est de ta faute, Jane.»

 

Le lendemain, c’était ma mère qui me tirait du sommeil, j’avais dormi d’un seul trait.

Sur la route de la ville, je retrouvai la petite fée, les images de mes rêves se mêlaient.

Ma boîte de cireur à l’épaule, je fonçai au marché, j’avais décidé de me confier à Paquita. Etonnée de ma visite matinale, elle flaira une embrouille et m’invita à m’asseoir et à raconter, ce que je fis. J’avais besoin de libérer ma conscience de ce secret trop lourd.  Elle m’écouta, attentive, et lorsque le flot se fut tari, elle prit mes mains dans les siennes, plongea ses yeux dans les miens et me conta l’histoire d’un esprit qui s’insinua dans le corps d’un  oiseau doté de la parole. C’était l’esprit d’un garçon qui venait avertir son frère de se méfier de leur marâtre qui l’avait fait périr.

Ensuite elle se leva pour servir une cliente et m'enjoignit d'aller au travail. L'esprit un peu embué par le conte de Paquita, je traversai le marché ; au loin, devant moi allait une femme en robe blanche, la tête auréolée de cheveux blonds remontés en chignon, les bras chargés d'un bouquet écarlate. Elle se perdit dans la foule. Surgie dans un éclair de lumière, disparue presque aussitôt, j'eus l'impression que, encore une fois, j'étais victime de mon esprit dérangé.

Heureusement, happée par mon travail, je retrouvai un peu de sérénité. La soirée avec ma mère se déroula dans la bonne humeur habituelle, ce ne fut qu'au moment de me coucher que l'angoisse m'étreignit. Je m'endormis après m'être tournée et retournée maintes fois sur ma couche.

Tout se mêla alors : la femme sortait de l'eau en portant un bouquet écarlate, les petites fées couraient autour des monolithes, un oiseau de jade se posait sur ma main et criait d'une voix perçante : «tout est de ta faute, Jane.»

Je m'éveillai en sursaut, je pleurai, je criai. Ma mère me prit dans ses bras, alors je racontai tout, y compris le conte de Paquita.

Ma mère, le visage grave, examina l'ours sorti du coffre. Elle avait vu les affiches, comment ne pas les voir, il y en avait partout. Nous décidâmes de prendre l'avis du père Jean.

 

Il nous reçut chez lui et nous prêta une oreille attentive. J'étais un peu intimidée, mais bien vite les paroles coulèrent de ma bouche sans que je puisse les maîtriser. Le père Jean me questionna, c'était une affaire grave, il me sermonna un peu : le mensonge pouvait engendrer de fâcheuses conséquences et l'imagination, parfois débordante des enfants, était mauvaise conseillère. J'ai l'impression d'entendre encore sa voix. Je lui assurai que je lui avais dit la vérité. Il nous recommanda de nous rendre à l'hotel de Parque avec l'ours et de ne pas parler des rêves.

 

Dès le lendemain, lorsque ma mère m'eut rejoint, nous nous préparâmes. Elle m'obligea à enfiler ma robe du dimanche, celle que je prenais pour aller à la messe et que je quittais très vite de retour chez nous, je n'aimais pas m'habiller en fille.

Bref, à l'hotel de Parque, sans nous laisser intimider par le luxe du hall, nous filâmes tout droit à la réception. Ma mère demanda à rencontrer la personne qui avait rédigé l'affiche. Le réceptionniste se fit un peu tirer l'oreille, mais lorsqu'elle lui agita l'ours sous le nez, il obtempéra rapidement.

Installées dans un salon, nous attendîmes de longues minutes. Un homme arriva enfin. Il était grand, mince, d'allure très aristocratique dans son costume blanc. Il s'avança, nous salua et s'assit dans un fauteuil, face à nous. En voyant l'ours, il blêmit et nous questionna. Je lui expliquai ma découverte au pied d'un monolithe. Il sembla surpris. Il était le père de la fillette disparue. Il était déçu du peu d'informations fournies, néanmoins la découverte de l'ours remit un peu d'espoir dans ses yeux. Il nous proposa une collation que ma mère refusa poliment. Il s'inquiéta de notre vie, ma mère resta évasive.

 

 

                                                                                           A suivre...

 

 

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Published by Pascale Blazy
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