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2 mai 2015 6 02 /05 /mai /2015 20:29
Joli mois de Mai

Pour fêter ce joli mois de Mai qui commence, je vous offre une nouvelle écrite à cette occasion.

J'espère que vous aurez plaisir à la lire.

"Le premier Mai... le dernier"

Ils sont tous venus, comme d'habitude, pour me voir, moi la vieille tante Lisbeth.

Comme ils sont attendrissants, ils ne se doutent de rien...

C'est ce cher Arnold qui a eu l'idée de ce repas du 1er Mai, tous réunis pour ce long week-end .

La campagne, quel bonheur pour tout ce petit monde !

Arnold, mon frère, est arrivé la veille avec son épouse, l'acide Marjorie. Toujours les premiers à venir me caresser dans le sens du poil. Arnold se voit déjà propriétaire de ma maison, celle que m'a laissée Papa, maison de ma famille. C'est mon arrière grand-père maternel qui l'a fait construire au milieu de nulle part, le parc est venu ensuite avec les haies et le portail.

Quand je dis mon frère, Arnold n'est que mon demi-frère. Quelques années après le décès de Maman, Papa s'est remarié avec Gladys, la mère d'Arnold. Belle Gladys, qui cavalait de régime en régime jusqu'au moment où... une curieuse histoire. Foudroyée par une décoction de plantes de sa composition qui devait lui assurer une ligne de jeune fille.

Papa a alors cessé de s'intéresser à le gente féminine pour couler des jours paisibles dans cette maison, me laissant peu à peu « le manche de la fabrique » comme il disait.

La fabrique devenue une importante usine agroalimentaire où j'ai longtemps fait la pluie et le beau temps avant de confier les responsabilités au jeune William, mon directeur.

Arnold n'a jamais compris pourquoi Papa l'avait mis sur une voie de garage, un cabinet d'avocat dans une petite ville tranquille où il traite « des affaires de voisinage et de chiens écrasés », dixit Papa. S'il savait que son père le surnommait « le médiocre »...

Arnold attend ma mort pour récupérer la totalité de mon empire. Marjorie ravale sa bave et me sourit, mais je sais bien qu'elle me déteste.

Regardez-la battre des cils, pencher la tête, parfaite petite bourgeoise dans sa robe de soirée étriquée. C'est elle qui a décrété que, pour ce souper, nous devions nous habiller ; l'occasion pour elle de faire briller à son cou le collier de diamants que mon père avait offert à sa belle-mère.

Voyez-la donc, maman poule, gloussant avec ses poussins, arrivés en toute fin d'après-midi, parce qu'ici ils s'ennuient mortellement (je les ai entendus le dire).

Edouard, mon neveu, jeune coq, qui se dandine dans son costume trois pièces, gêné aux entournures, mais impeccable. Déjà, tout bambin, il avait le don de m'agacer avec son air de premier de la classe et avec son tic, il clignait des yeux plus que nécessaire en hochant la tête et me donnait du « ma tante » assorti de bises baveuses. Je remarque qu'il n'a pas perdu ses habitudes en même temps que ses culottes courtes. Cette année, il a amené sa fiancée, une longe jeune femme falote qui le suit partout silencieusement, une parfaite dinde, dommage pour elle, elle n'avait qu'à pas venir.

Ma nièce, Chloé, petite boulotte, on espérait qu'à la puberté ses kilos la quitteraient, espoir déçu. Saucissonnée dans une robe en strass, sans poches, elle est malheureuse car elle ne sait pas où ranger ses bonbons. Depuis son plus jeune âge, accroc au sucre, elle se gave. Elle minaude auprès de moi et dépose sur ma joue un baiser collant.

Une rivalité congénitale oppose le frère et la sœur, chacun me fait sa cour, à sa façon. J'ai pris le pli de leur donner une enveloppe avec un chèque d'une somme ridicule, ils se consolent en disant que c'est un acompte sur l'héritage.

Nous voici donc autour de la table pour ce rituel souper de 1er Mai. Chacun sa place.

Je préside, normal, je suis la maîtresse de maison. A ma droite Arnold et sa fille, à ma gauche Marjorie , son fils et sa belle dont je n'ai pas retenu le prénom... qu'importe !

Mes domestiques sont en congés pour tout le week-end, c'est donc moi qui ai préparé le repas et qui vais assurer le service. Marjorie s'en est dédouanée : la traditionnelle braderie au village où elle se pavane au bras de son avocat de mari, futur patron de l'usine.

C'est ainsi chaque année, je cuisine et je sers, ils consentent à s'occuper de la vaisselle, enfin, à la ranger dans la machine à laver. C'est Marjorie qui s’acquitte de cette tâche, à merveille du reste, les mains protégées par ses gants en caoutchouc.

Je les regarde manger silencieusement mon potage aux herbes. Ils ont eu de la chance, j'avais prévu une soupe du 1er Mai. Vous n'avez pas compris ? Au muguet, tout le monde sait que cette fleur est toxique, pas vous ?... Je ne vous ai rien dit.

Puis, je me suis ravisée. A quoi bon n’impliquer alors que je pouvais faire porter le chapeau à Marjorie, cette chère Marjorie. Chaque année, elle apporte un croustillant feuilleté aux morilles, fabrication « exclusive » de son traiteur. « Aux morilles » insiste-t-elle en gloussant, la bouche en cul de poule. Je n'en mange jamais, je déteste les champignons, presque autant que Marjorie. Bref, l'idée m'est venue de soulever le couvercle de ce feuilleté, de saupoudrer la préparation de morilles à la crème avec une poudre de ma composition, trois fois rien, quelques amanites phalloïdes que j'avais fait sécher et broyées.

Comme ils se régalent, cela fait plaisir à voir !

Marjorie me décoche un regard assassin, je suis la seule à ne pas goûter cette merveille.

Un fugace instant, j'ai pitié d'eux, je suis à deux doigts de leur dire...

Non. Je dois aller au bout : quand le vin est tiré, il faut boire la coupe jusqu'à la lie. Allons donc.

Pour être dans le ton, je prétexterai, moi aussi, une légère indisposition, juste histoire de ne pas leur mettre la puce à l'oreille.

Marjorie s'applique à ne pas laisser une seule miette, Arnold fait de même, tandis que la dinde d'Edouard picore les champignons et glisse la pâte dorée dans l'assiette de mon neveu. Quant à Chloé, il y a belle lurette qu'elle a tout englouti et liquidé son verre de vin.

Je m'enfuis à la cuisine, ma joie est trop forte.

A l'abri des regards, je jubile.

J'enchaîne le rôti de bœuf avec ses haricots verts, le plateau de fromage et la tarte aux fraises.

Au café, Marjorie a pâli, elle ne dit rien, mais je sens que les champignons commencent à produire leur effet. Arnold sort fumer un cigare. Edouard et sa compagne montent se coucher sous les plaisanteries coquines de Chloé qui, le nez enfoui dans un sachet, s'empiffre de sucreries.

Je débarrasse la table et du coin de l’œil je les observe, c'est la dernière fois que je les vois vivants.

Bientôt, j'annonce que je suis fatiguée, un peu barbouillée, sans doute avons-nous trop mangé. Ils sont tous de mon avis et nous nous retirons dans nos chambres.

La longue nuit commence.

Curieusement, je me remémore avec quelle insouciance j'avais jeté ce brin de ciguë dans la décoction de cette pauvre Gladys, il avait suffi de soulever le couvercle et hop ! Petit rameau insignifiant perdu parmi les plantes de ce breuvage miraculeux, élixir de jouvence, de jeunesse éternelle.

Ce soir encore, cela avait été tellement facile. Quelques pincées de poudre seulement avaient été nécessaires. Je suis prête à affronter la suite : l'enquête, l'enterrement, tout. Personne n'ira jamais penser que... à moins que vous... Non, n'est-ce pas ? Je compte sur votre discrétion.

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26 avril 2015 7 26 /04 /avril /2015 20:11

Vendredi 24 avril, les Editions Jeanne d'Arc avaient organisé une rencontre avec la presse, à la Torréfaction La Brûlerie au Puy-en-Velay, pour la présentation de "Rendez-vous manqués..."

http://www.mon43.fr/actualite-65037-rendez-vous-manques-nouveau-roman-pascale-blazy.html

Rendez-vous manqués - La presse en parle

Article de L'Eveil

Rendez-vous manqués - La presse en parle

La Tribune 14 mai 2015

Pages Loisirs Spectacles

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20 avril 2015 1 20 /04 /avril /2015 18:23
L'écharpe merveilleuse

A vous, Annie qui me demandiez d'où venait mon inspiration et à qui j'ai répondu : " de mon quotidien".

A vous, Monique, qui m'avez donné bellement votre version du conte "Un curieux instrument" tiré de mon livre "La légende du violon noir".

A vous, toutes et tous qui m'avez si grandiosement accueillie ce vendredi 17 avril à Clermont-Ferrand, à la Librairie Les Volcans, enfin ressuscitée par des libraires courageux et motivés.

A vous, fidèles lectrices et lecteurs de ce blog.

Un conte, écrit rapidement, deux jours après cette rencontre.

Je tiens à remercier encore toutes les personnes présentes ce jour.

Je porterai souvent, et toujours en pensant à vous, la belle écharpe que vous m'avez offerte.

Voici donc cette histoire que je retravaillerai peut-être... parce que jamais il ne faut dire jamais.

A suivre...

Ophélie avait musardé longtemps dans le jardin musical où tintinnabulaient les clochettes des campanules. Les trompettes des jonquilles et la voix légère des primevères l'avaient bercée d'une mélodie aux accents jazz.

Enfin, elle s'était décidé à pénétrer sous le couvert de la forêt, attirée par les murmures qui s'en échappaient.

Elle avait suivi le sentier qui s'était noyé dans un enchevêtrement de livres dressés, tous plus hauts les uns que les autres, curieuse de découvrir ce que renfermaient tous ces volumes.

Bientôt vint l'heure où les phrases s'envolent, où l'obscurité envahit les lieux, Ophélie réalisa alors qu'elle ne connaissait pas le chemin du retour.

Il devait être tard, mais le temps avait-il la même valeur ici, n'avait-il pas seulement l'importance que l'on voulait bien lui accorder ?

Toute à ses réflexions, elle ne vit pas surgir du livre le plus proche un ogre affamé, remarquez bien qu'un ogre est toujours affamé... eh bien, figurez-vous que celui-ci, aussi terrifiant qu'il pût être, n'avait pas du tout faim. Il était même aussi faible et aussi doux que l'agneau qui vient de naître, il était perdu, tout comme Ophélie, dans cette jungle sauvage.

Lorsque la fillette vint buter contre sa grosse jambe et qu'il la découvrit, il se mit à trembler et à pleurer.

Passé le réflexe de la fuite, la visiteuse considéra avec étonnement ce gros homme. Bien vite trempée et dans le souci d'éviter l'inondation, elle lui fit raconter ses malheurs.

Ne sachant pas lire, il ne pouvait retrouver son histoire et donc sa place dans cette jungle de pages qu'une brise légère agitait maintenant, libérant les personnages qui peuplaient tous ces récits. Je vous laisse sans peine imaginer l'agitation occasionnée par cette libération. Certains allaient solitaires, d'autres par bandes, silencieux ou bruyants, bref un grand charivari comme il s'en déroule dans nos bibliothèques et nos librairies, à la minuit, bien loin de nos regards.

Dans ce tumulte, Ophélie et l'ogre déambulaient. Devenus amis, ils passèrent ainsi un fol instant, jusqu'au moment où les phrases regagnèrent leur place, à tire d'ailes et où chacun retrouva son histoire. Ils restèrent tous les deux, impuissants puisque ne sachant lire ni l'un, ni l'autre.

Le géant, assis au milieu des livres fermés, recommença à se lamenter. La fillette, désemparée, restait silencieuse.

N'oublions pas que nous sommes dans un monde où tout est possible, il suffit de laisser aller son imagination.

Ou presque, ce n'est certes pas l'avis des scientifiques et autres savants qui peuplent certains ouvrages, quoi que... ils ont certainement, tout au fond d'eux, la petite voix de l'enfance qui chuchote. Bref, l'un m'empêchant pas l'autre, revenons à notre histoire.

Une lourde couverture grenat pivota et une drôle de petite bonne femme en surgit. Sautillant, elle s'approcha des deux amis.

Sans rien dire, et parce qu'elle était fée, elle mit au cou d'Ophélie une écharpe merveilleuse, grâce à laquelle, instantanément elle sut lire.

Rapidement, elle retrouva l'histoire de l'ogre qui, après moult remerciements, regagna les pages de son livre.

Ophélie se régala, piochant sans modération dans tous ces ouvrages jusqu'à sa rencontre avec un lutin malicieux qui subtilisa l'écharpe merveilleuse et disparut.

La fillette pleura amèrement.

Dans son désespoir, elle ne vit pas la drôle de petite bonne femme, perchée au sommet d'un gigantesque volume, qui dirigea sur elle un rai de lumière, caressant son front comme la main de sa maman lorsqu'elle était malade ou qu'elle avait un gros chagrin.

Séchant ses larmes, elle sauta sur ses pieds pour suivre le rayon lumineux qui la conduisit à l'orée de la forêt.

Avant de la quitter, elle se jura de revenir, oui, mais cette fois elle saurait lire... et c'est ainsi qu'Ophélie décida enfin d'apprendre.

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3 avril 2015 5 03 /04 /avril /2015 20:48
Café littéraire - Clermont -Fd

Si vous souhaitez me rencontrer ou me contacter, voir la page de ce blog, intitulée :

Rencontres - Dédicaces - Contact

Je suis aussi sur Facebook.

Café littéraire - Clermont -Fd

Souvenir d'un merveilleux moment, d'échanges amicaux et riches.

Café littéraire - Clermont -Fd

Merci aux membres de l'association et aux libraires pour cette sympathique après-midi.

Café littéraire - Clermont -Fd

Le temps est passé si vite !

Café littéraire - Clermont -Fd

Merci, merci,... !!

A bientôt.

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19 mars 2015 4 19 /03 /mars /2015 21:30
Bientôt dans toutes les librairies...

Bientôt dans toutes les librairies...

Nouveau roman 2015
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6 mars 2015 5 06 /03 /mars /2015 20:26
Prix Velay 2015

Ce fut une grande surprise et une immense joie de recevoir ce prix.

Je remercie le Cercle littéraire Médicis de Clermont - Ferrand, ainsi que toutes celles et tous ceux qui me soutiennent depuis le début de l'aventure, en particulier ma famille, mon comité de lecture (Emmanuelle, Floriane et Virginie) et les éditions Jeanne d'Arc.

J'associe Emmanuelle à ce prix puisque c'est elle qui a réalisé la photographie de la couverture.

Je vous remercie vous aussi lectrices, lecteurs et libraires et vous donne rendez-vous d'ici quelques semaines pour une nouvelle enquête de Clarisse.

MERCI !

Prix Velay 2015

L'Eveil Mars 2015

Prix Velay 2015

La Tribune Mars 2015

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4 janvier 2015 7 04 /01 /janvier /2015 21:29
Un corbillard pour Sardine

Eliot Marzan termina son café, reposa la tasse, s’essuya la bouche et se leva. Il traversa la salle à manger de l’hôtel et regagna sa suite.

Il téléphona à la confiserie et s’entretint longuement avec Charles, son complice de toujours. Quand il n’était pas en voyage, il passait la matinée, enfermé avec lui, dans un petit laboratoire, à élaborer de nouvelles recettes de bonbons ou de chocolats.

Charles et Eliot avaient fait ensemble leur apprentissage. Eliot avait acheté la confiserie tandis que Charles était resté chez leur maître. Quand Eliot eut gagné suffisamment d’argent pour acheter sa première usine à bonbons, il appela son ami pour le remplacer à la tête de la boutique. Il ouvrit alors petit à petit d’autres usines de sucrerie. L’ascension fut rapide. L’empire Marzan : confiserie, usines à bonbons, champs de betteraves, plantations de canes à sucre, raffineries et usines chimiques fournissant colorants, additifs, arômes en tout genre, régalait le monde entier de ses spécialités.

Tout allait bien à la confiserie. Eliot se connecta à Internet, consulta les cours de la bourse. Satisfait, il ouvrit son courrier électronique et répondit à quelques messages. Il pouvait maintenant profiter de sa journée de vacances.

Il descendit dans le hall de l’hôtel pour retrouver André, son homme de confiance.

Ils prirent la voiture pour aller au jardin botanique. Eliot admira les milliers d’espèces de plantes qui s’offraient à ses yeux. Il sortit son calepin et croqua quelques fleurs et quelques feuilles. Il dessinait ou écrivait très souvent, il se servait ensuite de ses notes pour créer de nouveaux produits, à l’abri de son laboratoire ou, tout simplement, pour composer un tableau. C’était un fou de peinture, il pouvait peindre des nuits entières.

Il rejoignit André qui le conduisit dans le vieux Madrid. Eliot aimait se régaler de cuisine familiale dans de petits restaurants. Ils déjeunèrent en tête-à-tête, puis il se fit conduire au Parc du Retiro.

Il y pénétra par un imposant portail en fer forgé. Il dégusta un cornet de glace à la vanille, assis sur un banc, près d’une fontaine ; le murmure de l'eau était apaisant. Il joua à cache-cache avec un rayon de soleil qui se glissait entre les feuillages et laissa son regard filer le long des allées désertes.

André attendait dans la voiture. Eliot se déplaçait rarement à pied, l’hôtel Palace se situait pourtant tout près des musées et des jardins qu’il souhaitait visiter. Il avait de plus en plus de mal à se mouvoir, ses jambes le faisaient souffrir. Le temps qui passait aggravait encore un peu son problème de surpoids. Il s’essoufflait et transpirait vite. Son médecin lui conseillait le régime. Pour lui, c’était retourner en arrière, au temps des privations et il s’y refusait catégoriquement. Il était d’une gourmandise féroce.

Il avait décidé de passer l’après midi à l’Académie des beaux-arts de San Fernando.

En croquant la provision de bonbons qui encombrait ses poches, Eliot errait d’un tableau à l’autre, d’une salle à l’autre, un peu désabusé. Il lui était impossible de dire ce qui l’attirait dans une œuvre : un détail pouvait retenir son attention, l'atmosphère qui se dégageait de la toile ou alors, un petit rien. Cette fois, ce fut le titre du tableau : « L’enterrement de la sardine ». De la foule masquée s’élevait comme une clameur, on sentait monter une note sourde. La fête battait son plein.

« Jolie toile, n’est-ce pas ? dit le gardien en s’arrêtant à côté d’Eliot. Goya a parodié une tradition madrilène. Le carnaval se terminait le mercredi des Cendres par une procession burlesque. On portait un gigantesque mannequin auquel était accrochée une petite sardine que la foule allait enterrer sur les bords du Manzanares. Ici, le mannequin a été remplacé par une bannière… »

Eliot, assis sur la banquette, face au tableau, écoutait d’une oreille distraite l’employé du musée. Il était dans la foule en liesse, il jouissait pleinement de l’enterrement de la sardine, sa Sardine à lui, la tante Hermione.

Sèche comme une baguette, c’était elle qui l’avait élevé. Il avait cinq ans au décès de sa mère. Son père, un illustre inconnu, s’était volatilisé dans la nature. Hermione, dans sa grande charité chrétienne, avait recueilli le petit orphelin. Il avait grandi, tant bien que mal, au milieu des privations.

Tante Hermione était l’avarice même. Elle ne donnait rien à personne, jamais, même pas un sourire, elle avait la bouche pincée et scrutait le sol, toujours à la recherche de quelque chose : une petite pièce, un petit bout de rien.

Il l’avait surnommée la Sardine parce qu’on mangeait une sardine à tous les repas de midi avec du riz et le soir de la soupe. Semaine, dimanche ou jour férié, c’était toujours le même menu. C’était le Carême toute l’année.

Tante Hermione gardait précieusement chaque boîte de sardines, elle les utilisait comme rangement pour ce qu’elle récoltait à droite, à gauche : bouton, ruban, fil, ficelle, allumette usagée, clou, épingle, vis,… tout lui était bon, il ne fallait rien laisser, tout pouvait servir et trouvait donc sa place dans une boîte dans un des grands placards de la maison.

Quand Eliot avait été en âge d’entrer en apprentissage, elle l’avait placé chez un maître confiseur. Il était nourri et logé. Il était même rémunéré, son employeur disait que tout travail mérite salaire. Tante Hermione empochait donc le dû de son neveu pour se dédommager de toutes ces années passées et de tout ce que pouvait coûter un grand garçon à cette époque.

Eliot portait toujours les mêmes vêtements, il avait un pantalon pour laver l’autre, il en était de même pour les chemises. Elle lui avait tricoté un pull avec de la laine, qu’elle avait gardée dans la naphtaline, provenant de vieux gilets qu’on lui avait donnés.

Chaque fin de semaine, la sardine au riz et la soupe l'attendaient. Il passait son temps à aider sa tante, elle trouvait toujours à l’occuper. Il devait aussi entretenir le potager, tante Hermione n’achetait que rarement des légumes.

Un jour, Eliot réclama son salaire, il était un homme maintenant, il allait sur ses vingt ans, il n’était plus apprenti, mais ouvrier chez le maître confiseur et il lui semblait tout à fait normal de disposer d'une partie de sa paie. La Sardine était entrée en furie, elle en suffoquait. Elle finit par lui jouer la grande scène de la tante bafouée qui a tout sacrifié pour celui qu’elle considére comme son fils.

Eliot n’avait pas insisté. Il avait retrouvé ses mots d’enfant, du temps où il vivait en permanence dans la grande maison froide. Ce soir là, il s’était surpris, allongé dans son lit, à ressasser une vieille litanie : « à mort la Sardine, à mort la Sardine,… »

Elle se levait toujours à 7h. Un grand bruit dans l’escalier le fit sursauter, il s’étira, bailla et sortit lentement dans le couloir. Il entendit gémir. Il descendit deux marches, se baissa, dénoua les deux extrémités de la ficelle tendue d’un petit clou planté dans le mur à l'un des barreaux de la rampe, en fit une petite boule qu’il fit sauter dans sa main.

Calmement, il finit de descendre, enjamba le corps de la Sardine, immobile au bas des marches, et alla ranger la pelote de ficelle dans le premier tiroir du buffet de la cuisine, dans la seconde boîte en partant de la gauche.
Il retourna alors dans le couloir, tante Hermione le regardait fixement de ses gros yeux ronds.

Il partit chercher du secours, le voisin s’empressa d’aller quérir le médecin. Il attendit, assis sur la dernière marche, devant le corps disloqué.
Ils s’observaient.

Le médecin fit transporter l’accidentée avec beaucoup de précautions jusqu’à son lit, inutile de la conduire à l’hôpital, c’était l’affaire de quelques heures. Il lui fit une piqûre de calmant et promit de revenir dans un moment.

Eliot resta seul avec la Sardine, ils ne se quittaient pas des yeux. Il savait qu’elle savait, mais elle ne disait rien. Elle mourut en silence, même pas un soupir, tellement elle était avare.

Sous le soleil, Eliot, en diable noir, suivait la procession du Carnaval. Il riait sous son masque. Il courait parmi la foule. Diable bondissant.

Dans le matin froid, Eliot, jeune homme frêle, dans son costume étriqué, suivait le corbillard emportant la Sardine. Il avait au fond de la gorge une folle envie de rire. Il sentait dans ses jambes un immense besoin de courir. Jeune homme libéré.

Il se leva péniblement et sortit sans regarder aucune autre œuvre.

Il retourna à l’hôtel Palace et se fit servir à dîner dans sa chambre.

Confortablement assis dans un fauteuil, un plateau devant lui sur la table, il souleva la cloche en argent et découvrit une assiette : une sardine et du riz.

Il mangea lentement en mastiquant longuement pour que cela dure plus longtemps, comme le lui avait appris la Sardine. C’était bon.

Quand il eut fini, il se cala dans le fauteuil et ferma les yeux.

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26 août 2014 2 26 /08 /août /2014 19:55

bruits-nuit.jpg 

 

 

 

Ecrite en 2005 pour répondre au concours Encre de Garonne lancé par le collège Berthelot de Toulouse, cette nouvelle fut retenue par le comité de lecture des élèves, mais hélas jamais publiée suite au "changement de plusieurs personnes à la rentrée 2006" (dixit le principal).

La voici rien que pour  vous.

 

 

 

 

 

 

 

 « Entends-tu Colin, m’a dit Maître Gauthier, la rumeur qui court, attisée par les idées nouvelles, elle enfle et l’incendie éclatera bientôt. Colin, je donnerai tout, même ma vie pour être un des premiers à voir s’effondrer l’absolutisme. Grave dans ta mémoire ce qu’ont écrit ces messieurs de l’Encyclopédie : « aucun homme n’a reçu de la nature le droit de commander aux autres. »

La colère du peuple de Paris gronde, nous allons nous battre ! »

Maître Gauthier me serra dans ses bras et me laissa seul dans l’échoppe fermée.

Je restai longtemps assis sur un escabeau. Les choses avaient bien changé depuis mon départ pour la campagne. J’étais rentré en catastrophe cette nuit et… J’étais inquiet pour Adelise.

 

Maître Gauthier était très réputé pour son travail de restauration de peinture, il exécutait aussi des portraits très ressemblants. On venait de loin pour le consulter.

Monsieur le Marquis de la Brugène s’adressa à lui pour une réparation de tableau. Il ne souhaitait pas déplacer le portrait de son ancêtre, il fut donc convenu que Maître Gauthier enverrait quelqu’un et ce fut moi. J’allais travailler seul pour la première fois.

 

Quand j’arrivai chez le Marquis, la fête battait son plein dans les communs. Après le repas où le vin avait coulé à flots, les paysans dansaient. Les travaux d’été s’achevaient, la récolte n’avait pas rempli les greniers, mais on espérait tout de même pouvoir  faire la soudure.

Monsieur le Marquis ne s’était pas mêlé à la populace, il les avait salués et s’était retiré dans sa demeure. C’était un homme solitaire et secret. Il n’aimait pas la fête et encore moins la liesse du peuple. Il se devait de tenir son rang, n’était-il pas le dernier descendant de la famille ?

Il me reçut dans la grande salle au milieu des portraits de ses ancêtres. Il m’attendait et avait posé sur la table la merveille à restaurer. Je dis la merveille, car ce tableau était parfaitement conservé, l’éclat de la couleur était intact, le panneau de bois n’avait pas bougé et le visage dessiné reflétait une grande beauté.

Le Marquis m’expliqua que cette jeune femme était une de ses aïeules et que, sans elle, la lignée se serait éteinte. Ce portrait avait été peint voici prés de six cents ans, avant que Godefroy de la Brugène ne parte en Terre Sainte libérer son fils prisonnier des Sarrazins. Il avait alors confié le château à Hermeline, sa fille. Les croisés n’étaient jamais revenus et elle avait courageusement assuré la descendance.

En m’approchant, je remarquai que le tableau était strié de haut en bas, un peu comme si on avait voulu griffer ce visage. J’en fis la remarque au Marquis qui attira mon attention sur les autres portraits, tous masculins.

 

Maître Gauthier m’a envoyé un bien jeune homme, j’espère qu’il ne gâtera pas le portrait d’Hermeline. Il m’a paru intelligent, peut-être un peu curieux. Il faudra que je me méfie. Je l’ai logé dans l’aile du château la plus reculée de mes appartements, je souhaite le tenir un peu à distance pour qu’il n’entende pas les bruits de la nuit.

 

Je me mis au travail dès le lendemain. Je passai trois jours sans rencontrer mon hôte. Je ne manquais de rien, Clovis, le serviteur borgne, y veillait. A chacune de mes promenades autour du château, je le rencontrais, claudiquant sur son pied bot. J’en arrivais à me demander s’il ne m’épiait pas.

A la nuit tombée, alors que je m’apprêtais à souper, le Marquis entra dans la pièce qui me servait de logis et d’atelier. Sans rien dire, il se tint devant le tableau, en approcha la chandelle et le regarda longuement. De la main, il effleura le visage.

- Alors, jeune homme, qu’en est-il ?

- Ayez confiance, Monsieur le Marquis, d’ici à quelques semaines votre portrait sera comme neuf. J’ai déjà exécuté plus dure besogne chez Maître Gauthier.

 

Le jeune peintre semble assuré de son affaire, ma douce Hermeline sera bientôt sauvée.

Ce soir, la lune sera pleine, il faudra que je reste sur mes gardes.

J’ouïs déjà la plainte sauvage de la bête en folie.

Comme je l’aime, malgré tout. Je me plais à imaginer quelques noces secrètes où nous nous unirions charnellement. Elle est si belle et le portrait me manque.

 

Je fus réveillé en sursaut par un cri animal. Le temps était lourd. En sueur, je me levai, la pièce était éclairée par la lune toute ronde. Je sortis et m’assis un moment sur le banc de pierre sous le grand chêne, à quelques pas de mon logis.

C’est alors que j’entendis à nouveau le cri, un hurlement, venant tout droit des entrailles de la terre. Je frissonnai.

Tout redevint calme et je retournai me coucher.

Le travail m’attendait et le Marquis m’avait bien fait comprendre qu’il souhaitait que j’aille vite. Je passais donc de longues heures à mélanger les pigments pour retrouver la couleur exacte. Ce visage, si parfait, me fascinait.

La nuit suivante, un hurlement ténu me tira d’un cauchemar où la jeune femme du portrait tentait de m’entraîner dans les souterrains du château. Je me levai et sortis, bien décidé à connaître l’origine de ce bruit. Je me laissai guider par les râles. Des gémissements entrecoupés de silences m’amenèrent au seuil d’une grotte.

Mon rêve me revint en mémoire et je rebroussai chemin.

 

La bête s’est réveillée. J’espère que mon visiteur ne l’a pas entendue et qu’il ne soupçonne rien de ce qui se déroule sous ses pieds. Mon fidèle Clovis et toi, mon carnet, êtes les seuls à m’aider à porter ce secret si lourd.

 

Quand je me rendis ce matin là dans la grande salle pour rencontrer Monsieur le Marquis, la demeure était vide. J’attendis un moment. Je regardai les livres de la bibliothèque. Parmi eux, je trouvai un manuscrit, grossièrement relié, où se mêlaient plusieurs écritures. C’était une sorte d’inventaire des événements, au jour le jour, tenu par le Marquis et qui semblait avoir été commencé par un de ses ancêtres.

Un bruit de cheval m’alerta. Je rangeai précipitamment le document sur l’étagère.

 

Il me semble que quelqu’un a touché à mon carnet. Personne n’est venu, à moins que le peintre…, non, Clovis surveille.

Cette nuit, la bête est restée calme. Je tremble dès que le ciel s’assombrit.

Le portrait avance bien, je serai bientôt débarrassé de cet importun.

 

Depuis plusieurs nuits, le même rêve m’assaillait : la dame du portrait y revenait inlassablement. Un long hurlement m’éveilla. Je sortis et marchai tout droit vers l’entrée de la grotte. Le comte apparut, une torche à la main. J’eus juste le temps de me dissimuler dans un buisson.

J’attendis qu’il s’éloigne pour regagner mon logis.

Le lendemain, je me glissai dans la grande salle et reprit la lecture du manuscrit à la première page. Des paragraphes sans date se succédaient, parfois incomplets, l’écriture changeait.

 

Ce jourd’hui, moi, dame Hermeline, déplore mon agissement. Que ne me suis-je laissée séduire par ce baron venu des terres lointaines, me voici grosse et sans époux. La honte va s’abattre sur ma maison, à moins que le vieux Geoffray, fidèle de feu mon père n’accepte de devenir mon seigneur.

 

J’ai eu un fils, notre descendance est assurée. Geoffray a accepté qu’il porte notre nom. Je mes sens bien faible en cette période de relevailles et…

 

J’ai trouvé un parchemin de dame Hermeline, ma mère. J’ai découvert la vérité sur ma naissance. Que m’importe ! Le sang des de la Brugène coule dans mes veines et ma douce Héloïse ma donné un  fils vigoureux et une belle petite Florie.

 

Ma vieille nourrice avant de trépasser m’a confié le secret de ma mère, je ne peux m’en ouvrir à personne, j’ai décidé de l’écrire pour ma descendance. Mon père était un baron venu du Nord. Le bruit courait qu’il savait mener les loups et qu’il s’en servait pour de vilaines actions. On disait même qu’il était un des leurs et qu’il avait commerce avec des brigands. Elle m’a fait jurer de mener Florie à l’église à chaque office et de bien veiller sur elle au soir de lune pleine pour conjurer le mauvais sort.

 

J’avais oublié ma nourrice et ces parchemins, mais j’en ai eu souvenance en découvrant ma fille, hurlant à la pleine lune. Sans qu’elle ne s’en doute, je l’ai suivie. Tandis qu’elle dort, elle se lève et s’en va courir la campagne. Telle une louve, elle hurle et égorge les brebis avec sa bouche. La populace geint et se plaint, des battues seront organisées. Il est de mon devoir de sauver

 

Le parchemin était noirci comme si on avait voulu le brûler. L’écriture devenait différente. Il était question d’une malédiction qui toucherait les filles de la famille. A la pleine lune, elles deviendraient des louves.

J’arrêtai là ma lecture et retournai à mon travail.

 

J’ai maintenant la certitude que ce jeune garçon m’épie. Que sait-il ?

 

Je fis ce rêve étrange. Il revenait chaque soir et s’imposait à moi dans la journée quand j’étais en tête à tête avec le portrait.

La nuit fut calme. J’étais cependant bien décidé à aller voir quel animal se cachait dans la grotte.

Je m’arrangeai pour tromper la vigilance de Clovis et m’aventurai dans les profondeurs de la terre.

Je suivis d’abord un long couloir, puis un escalier étroit, descendis dans une vaste salle, je pris ensuite une galerie qui allait en se rétrécissant, elle me conduisit devant une porte fermée. Je fouillai dans le petit sac qui ne me quittait jamais, j’en sortis quelques outils et je fis jouer la serrure. Je débouchai dans une salle obscure, elle était meublée sommairement. Allongée sur une couche richement décorée de tentures bleu nuit, une jeune femme dormait, à ses pieds, un gros chien blanc. Je fus saisi par la ressemblance avec le portrait. Les mêmes cheveux sombres encadraient en lourdes mèches un visage d’albâtre, ce nez droit et menu, cette bouche gourmande.

Le chien se leva et grogna, elle ouvrit les yeux et eut un mouvement de recul. Je la rassurai. Elle m’invita à m’asseoir près d’elle, le chien se recoucha. Je lui parlai du tableau, mais je n’évoquai pas les bruits de la nuit.

 Elle s’appelait Adelise. Elle m’expliqua que son frère, le Marquis, la tenait prisonnière. Elle fit allusion à un secret de famille, mais resta évasive. Elle avait essayé de s’échapper plusieurs fois, mais Clovis veillait.

Je laissai Adelise en lui promettant de revenir la voir.

 

Bientôt le portrait sera fini, ce jeune peintre fait des miracles. Je n’aime pas beaucoup sa façon de me regarder. Je me demande toujours s’il a entendu les bruits de la nuit.

La bête semble calmée pour le moment, mais il faut rester vigilant.

Elle était si belle que j’ai déposé un baiser sur ses lèvres, elle dormait profondément. J’ai caressé son sein blanc qui affleurait à l’échancrure de son corsage, puis je me suis sauvé en sentant monter dans mes reins un désir violent.

 

Au cours d’une de mes promenades, je rencontrai un paysan qui se plaignit d’avoir trouvé une des ses brebis égorgées. Je pensai aussitôt à la malédiction. L’idée me parut saugrenue, Adelise que je voyais régulièrement n’avait rien d’une louve, bien au contraire, elle était la grâce, la beauté, la féminité. Je vivais avec elle en permanence en restaurant le portrait.

De plus, elle était enfermée dans sa grotte sous la surveillance de Clovis.

J’allais la voir aussi souvent que possible, j’appréciais beaucoup sa compagnie. Elle était une jeune femme sensible et très cultivée, nous bavardions de tout.

Je fis traîner un peu la réparation du tableau, j’avais peur que le marquis ne s’en aperçoive. Je pressais Adelise de venir avec moi à Paris, elle hésitait.

Je ne croyais pas à cette malédiction, la brebis avait été égorgée par un loup ou un chien comme cela arrivait souvent. Ces histoires de loup-garous n’étaient, pour moi, que des fables destinées à effrayer les belles dames qui tenaient salon. Quant aux bruits de la nuit, c’était certainement le chien qui vivait reclus avec sa maîtresse et qui avait soif de liberté.

 

Plusieurs troupeaux ont été touchés, des battues sont organisées, je suis obligé de donner raison aux paysans.

La bête semble pourtant calme, une attaque me paraît impossible. Je veille. Il ne faut pas qu’ils la trouvent. J’en  mourrai.

 

 Les battues n’avaient rien donné. Les paysans étaient venus au château armés de piques et de fourches. Ils demandaient la bête. Monsieur le Marquis essayait de tempérer l’ardeur de ses manants. Le ton montait. Un groupe d’audacieux se mit à fouiller le château.

Je me précipitai aux écuries, scellai deux chevaux et les menai sous le couvert des arbres. Je me faufilai dans la grotte et expliquai rapidement la situation à Adelise. Il y allait de sa vie. Elle rassembla quelques affaires et je la conduisis en forêt où nous attendaient nos montures.

Nous chevauchâmes sans nous arrêter et arrivâmes à Paris à la nuit tombée.

 

Adelise s’est échappée. Le peintre a disparu. Ils ont dû fuir ensemble. Ce jeune homme connaît-il l’existence de la malédiction ? Je crains qu’il ne prenne bien soin de ma douce.

Le portrait est achevé, c’est de la bel ouvrage, les griffures d’Adelise ont complètement disparues, la peinture est intacte. C’est cette crise soudaine qui m’avait décidé à l’éloigner du monde.

J’ai remis le tableau à sa place. Hermeline me fait face à nouveau. Comme la ressemblance est forte. Mon cœur saigne.

Je descends chaque nuit à la grotte, je m’allonge sur sa couche et je pleure.

Son chien aussi l’attend, il refuse de s’alimenter.

Je prie Dieu que ma douce bête soit toujours vivante. J’irai la chercher.

Les troupeaux n’ont plus été touchés. Les battues sont arrêtées. Les paysans sont apaisés.

 

Quand je suis retourné chez moi, Adelise avait disparu. Je l’attendis, mais elle ne revint pas. J’en fus très affecté. Je l’aimais.

Je la cherchai partout au milieu des émeutes. Le peuple en colère envahissait les rues.

Je la retrouvai enfin, une nuit, au hasard d’une ruelle. Elle était assise à même le sol, à côté d’elle le cadavre d’un petit enfant, il avait été égorgé.

La lune sortit de derrière les nuages, elle était ronde.

Adelise se mit à hurler, sa bouche était toute barbouillée de sang.

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29 juillet 2014 2 29 /07 /juillet /2014 20:45

P7290066

 

 

 

 

 

"Elle déposa sur la table les trois immenses assiettes de porcelaine blanche, dans lesquelles elle avait installé un petit bol de potage aux fanes de radis, quelques radis épluchés en corolle de fleur, une tartine de pain de seigle au beurre salé."

 

Disparution à Manadieu (page 57)

 

 

 

 

 

 

Potage aux fanes de radis :

 

Les fanes d'une botte de radis ; des pommes de terre ; un oignon blanc ; un cube de bouillon (facultatif) ; eau ; sel et poivre. 

 

Mettre tous ces ingrédients à cuire dans une marmite. 

 

Une fois la cuisson terminée, mixer le potage.

 

Servir avec un filet de crème fraîche. 

 

Comme pour tous les potages, vous pouvez ajouter des croûtons et du fromage râpé. 

 

Bon apétit !

 

P7290065

 

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18 juillet 2014 5 18 /07 /juillet /2014 20:35

Voilà je viens de mettre le point final à une nouvelle enquête de Clarisse, notre bibilothécaire. Cette histoire fait suite à "Disparition à Manadieu". 

Un point final est un bien grand mot, il faut que je relise, que je modifie encore quelques phrases avant de soumettre ce texte à mon comité de lecture privé. 

Je continuerai moi-même à lire et à relire. 

Nous confronterons ensuite nos avis, je modifierai sans doute encore quelques phrases ou mots. 

Puis je l'enverrai à mon éditeur. 

Et enfin, si tout va bien, nous commencerons la java des corrections de l'épreuve avant le bon à tirer, traquer les fautes, comme je vous le dis depuis longtemps est un dur labeur. 

Bref, si tout va comme je l'espère, un nouveau livre paraîtra au printemps 2015... 

Croisons les doigts ! 

Pour une fois, j'ai une idée de titre : "Rendez-vous manqués" 

A suivre... 

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