Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
7 janvier 2013 1 07 /01 /janvier /2013 17:50

numerisation0002-copie-2.jpg

Repost 0
Published by Pascale Blazy
commenter cet article
22 octobre 2012 1 22 /10 /octobre /2012 20:47

Lundi 22 Octobre 2012 : lecture de la dictée de l'assocation ELA aux élèves du CM de l'école Saint-Joseph de Saint-Paulien.

 

Je vous laisse découvrir le texte, très émouvant d'Alexis Jenni.

 

http://ela-asso.com/wp-content/uploads/2012/10/Dict%C3%A9e-2012-web.pdf

Repost 0
Published by Pascale Blazy
commenter cet article
1 octobre 2012 1 01 /10 /octobre /2012 10:45

numérisation0004-copie-1      

 

                                   La petite fée

 

 

                                                                               épisode 3

 

 

 

 

La reprise de nos habitudes nous apporta oubli et apaisement, je rêvais de moins en moins, malgré les affiches toujours présentes.

Elle s'appelait Jane, la petite fée.

Le père Jean nous rendit souvent visite, il s'inquiétait, il nous engageait à prier pour le repos des âmes.

Ce soir-là, après mon travail, une indicible force m'attira au pays des Olmèques. Le père de Jane était là, assis en tailleur à l'ombre d'un monolithe. Lui qui m'avait fortement impressionné à l'hôtel, m'apparaissait si minuscule, si vulnérable au pied de ces gigantesques visages impassibles. Il pleurait, les larmes coulaient, silencieuses, sur son visage défait.

Lorsqu'il m'aperçut, il me fit signe d'approcher. Il se mit à me raconter sa vie en Angleterre, sa famille, son épouse, ses petites filles, des jumelles. Cela faisait un an que Kate avait trouvé la mort dans un accident de baignade, sa femme y avait assisté et ne s'en était jamais remise. Très choquée, elle avait longtemps refusé de voir Jane, elle s'était mise à voyager. Ils venaient à peine d'arriver au Mexique lorsque Jane avait disparu au cours d'une promenade avec sa mère. Un peu troublée par ce récit, j'hésitai à lui raconter mes rêves, mais le voyant tellement malheureux, je me hasardai. Je compris, mais trop tard, que j'avais allumé l'espoir dans son esprit, je le compris lorsqu'il me proposa de nous retrouver le lendemain, il apporterait l'ours. Acculée, j'acceptai, inquiète de ce qui pouvait advenir. Je ne dis rien à ma mère, ni au père Jean.

Depuis ce temps, je n'ai jamais vécu d'expérience aussi forte que celle qui va suivre, c'est sans doute pour cela qu'elle est gravée si profondément dans ma mémoire. Jamais je n'ai éprouvé la même sensation : ne plus m'appartenir, être habitée par quelqu'un d'autre.

Lorsque je me rendis au rendez-vous, du haut de mes dix ans, j'étais convaincue d'être dépositaire d'une vérité, j'étais la seule à pouvoir aider cet étranger et quoiqu'il advienne, je voulais aller au bout. Je savais qu'ainsi je serais enfin libérée.

 

Assise comme la veille au pays des Olmèques, l'ours dans les mains, je me concentrai. Des images du premier rêve vinrent, d'abord désordonnées, puis la scène de l'étranglement s'imposa, je suffoquai et je perdis connaissance.

Lorsque je revins à moi, le visage de l'homme, inquiet, se découpait sur fond de ciel bleu. Il me souriait, il était vraiment désolé de m'avoir imposé une telle épreuve, il voulait en rester là. Je m'obstinai, je repris ma place, l'ours dans les mains, il s'installa à mes côtés. Nous étions seuls au pays des Olmèques, au loin la ville bourdonnait.  Je me concentrai. De fugaces images défilèrent, lorsque le corps inanimé de Jane m'apparut, je m'accrochai à cette vision, je redoublai de concentration, j'avais le sentiment de tenir le fil qui me conduirait à la suite de mon rêve, je ne le lâchai pas, un sentiment de fatigue me pénétrait, il fallait tenir. La femme à la robe blanche entra en scène, elle tira le petit corps vers la forêt, le fit basculer au fond d'un trou qu'elle referma et qu'elle couvrit de fleurs écarlate. Un voile opaque tomba devant mes yeux, puis la lumière m'aveugla, j'avais très mal à la tête. L'homme à côté de moi était silencieux. J'étais au pays des Olmèques et j'entendais au loin le bourdonnement de la ville. Je me levai et telle une somnambule, je m'enfonçai sous la ramure, l'homme me suivit.

Dans un endroit reculé, nous découvrîmes des fleurs écarlates qui jonchaient le sol. Il se jeta à terre et creusa de ses mains, il avait compris sans que je ne prononce une seule parole. Je le regardai, calme, le cauchemar, pour moi, était fini. Le visage de la petite fée parut. Il pleura, il creusa. La petite fée semblait endormie, il déposa un baiser sur son front, plaça l'ours sur sa poitrine et fit couler la terre entre ses mains, refermant à tout jamais la tombe. Il récita une prière, je l'accompagnai.

Nous descendîmes vers la ville la main dans la main, complices. Au bas du sentier, il déposa un baiser sur mon front et partit sans se retourner. Le pacte du silence était scellé.

 

La vie reprit son cours. Je ne rêvais plus. Les affiches disparurent. Je retournai de temps en temps au pays des Olmèque éparpiller sur la tombe de Jane une brassée de fleurs écarlates.

Quelques temps après, je reçus une lettre du père de Jane, il avait regagné l'Angleterre. Sa femme était soignée en psychiatrie. Il me remerciait pour mon aide et m'annonçait qu'il y aurait pour moi un mandat trimestriel durant quinze années.

 

                                                                                           FIN

Repost 0
Published by Pascale Blazy
commenter cet article
23 septembre 2012 7 23 /09 /septembre /2012 07:58

numérisation0004-copie-1

 

 

                                                          La petite fée

 

 

                                                                                                                             épisode 2

 

 

 

 

 

Ma mère m’attendait pour le souper, je m’empressai de poser l’ours sur ma paillasse et de me laver les mains. Je racontai mon après-midi chez les Olmèques sans parler de mes découvertes.

Le repas achevé, nous lisions en silence jusqu’au moment de nous coucher.

Je m’endormis presque aussitôt, mon nouveau compagnon dans les bras.

 

Je marche lentement sur le sentier qui grimpe au pays des Olmèques.

Lorsque je débouche sur le plateau, tout est calme. Les gigantesques visages sculptés regardent à l’horizon.

Une petite fille s’amuse à courir autour des statues, entre ombre et lumière, un ours en peluche à la main. Elle est très belle dans sa robe blanche, ses longs cheveux blonds lui descendent jusqu’à la taille. La petite fée chantonne, esquisse un pas de danse, se baisse, ramasse une petite pierre verte, la fait tourner dans ses mains, la pierre brille sous le soleil. Elle s’élance en courant pour montrer son trésor.

«Maman, maman, crie-t-elle, en se précipitant vers le fond du plateau.»

La petite fée s’accroupit et secoue la dame endormie. Elle insiste. Le réveil est brutal, la femme la repousse, se lève, la saisit par le cou et serre, serre de ses deux mains, sans rien dire. Son visage est figé dans une expression de colère. La petite a lâché l’ours et la pierre. Son corps disloqué pend tristement au bout des bras maternels.

La femme se calme alors, ouvre les mains en murmurant : «tout est de ta faute, Jane.»

Soudain, son visage s’illumine, elle s’agenouille près du petit corps, le prend dans ses bras, le berce en chantant. Elle l’appelle son bébé, son petit ange.

 

Je m’éveillai en sueur. Dans l’obscurité, mes mains cherchèrent l’ours, sans le trouver. Je mis beaucoup de temps à me rendormir.

Accaparée par mes activités, j’oubliai ce rêve. Ce fut seulement le dimanche suivant que, me promenant avec ma mère parmi les monolithes, de fugaces bribes de ma rêverie revinrent.

Au moment de m’endormir, j’eus l’impression que l’ours, qui trônait sur ma pile de livres, m’observait. Je le retournai face au mur. Je me souviens avoir mis longtemps à trouver le sommeil et lorsque j’y parvins, la petite fée m’entraînait au pays des Olmèques. Je m’éveillai en sursaut, me rendormis péniblement pour replonger dans le rêve. Au matin, j’étais épuisée et très troublée par la scène de l’étranglement.

Par la suite, chaque nuit, la petite fée vint me visiter, j’assistais à sa mort, parfois plusieurs fois par nuit. J’en arrivais à retarder le moment de mon endormissement.  Les matins m’apportaient un peu de réconfort, bien que, parfois, il m’arriva d’avoir des visions éclaires dans la journée. Je ne dis rien à ma mère et j’évitai toute promenade dans le champ des monolithes. Je cachai l’ours au plus profond du coffre qui me servait à ranger mes effets et j’essayai d’oublier.

Cette attitude enfantine me fait sourire aujourd'hui, malgré toutes les années passées, je n'ai rien oublié, il me semble, au contraire, que plus le temps s'écoule et plus cette aventure se fait présente, chaque épisode devient plus précis avec tous ses détails.

 

Tout aurait pu s’arrêter là, seulement voilà qu’un matin en allant au Bodas de Plata, je découvris, placardée un peu partout, la photo de la petite fée. Impossible de me tromper, elle avait d’ailleurs dans les bras un ours marron avec une écharpe de laine rouge et beige à rayures. Sous la photo : «Recherche fillette. S’adresser hotel de Parque, calle Jose Perez». Des affiches surgissaient à tous les coins de rues. Ma journée bâclée, je courus me réfugier chez nous. Epuisée, je m’endormis.

 

Sur une plage, deux fillettes courent, la main dans la main. Deux petites fées identiques, en maillot de bain blanc. Une longue natte retient leurs cheveux blonds. Elles s’approchent de l’eau. La mer est tranquille, des vaguelettes viennent s’échouer sur le sable. Les fillettes accélèrent leur allure et entrent dans l’eau en riant. Elles jouent à s’éclabousser. Soudain, l’une des deux disparaît. La seconde cherche son double. Elle se retourne vers le rivage en hurlant : «Maman, maman ! »

De la falaise, une femme, toute vêtue de blanc, a vu la scène. Elle se précipite sur le sentier qui descend vers la plage. Elle court, court jusqu’au rivage, entre dans l’eau et repêche le petit corps sans vie. Elle l’allonge sur la grève. La petite fée a suivi. Elle pleure. La femme, assise sur le sable, attire l’enfant inanimée contre elle et la berce en chantonnant. Elle l’appelle son bébé, son petit ange. La petite fée s’agenouille près de sa mère. «Maman, maman, dit-elle doucement, entre deux sanglots.» La femme tourne vers elle un visage fermé par la colère et dit froidement : «tout est de ta faute, Jane.»

 

Le lendemain, c’était ma mère qui me tirait du sommeil, j’avais dormi d’un seul trait.

Sur la route de la ville, je retrouvai la petite fée, les images de mes rêves se mêlaient.

Ma boîte de cireur à l’épaule, je fonçai au marché, j’avais décidé de me confier à Paquita. Etonnée de ma visite matinale, elle flaira une embrouille et m’invita à m’asseoir et à raconter, ce que je fis. J’avais besoin de libérer ma conscience de ce secret trop lourd.  Elle m’écouta, attentive, et lorsque le flot se fut tari, elle prit mes mains dans les siennes, plongea ses yeux dans les miens et me conta l’histoire d’un esprit qui s’insinua dans le corps d’un  oiseau doté de la parole. C’était l’esprit d’un garçon qui venait avertir son frère de se méfier de leur marâtre qui l’avait fait périr.

Ensuite elle se leva pour servir une cliente et m'enjoignit d'aller au travail. L'esprit un peu embué par le conte de Paquita, je traversai le marché ; au loin, devant moi allait une femme en robe blanche, la tête auréolée de cheveux blonds remontés en chignon, les bras chargés d'un bouquet écarlate. Elle se perdit dans la foule. Surgie dans un éclair de lumière, disparue presque aussitôt, j'eus l'impression que, encore une fois, j'étais victime de mon esprit dérangé.

Heureusement, happée par mon travail, je retrouvai un peu de sérénité. La soirée avec ma mère se déroula dans la bonne humeur habituelle, ce ne fut qu'au moment de me coucher que l'angoisse m'étreignit. Je m'endormis après m'être tournée et retournée maintes fois sur ma couche.

Tout se mêla alors : la femme sortait de l'eau en portant un bouquet écarlate, les petites fées couraient autour des monolithes, un oiseau de jade se posait sur ma main et criait d'une voix perçante : «tout est de ta faute, Jane.»

Je m'éveillai en sursaut, je pleurai, je criai. Ma mère me prit dans ses bras, alors je racontai tout, y compris le conte de Paquita.

Ma mère, le visage grave, examina l'ours sorti du coffre. Elle avait vu les affiches, comment ne pas les voir, il y en avait partout. Nous décidâmes de prendre l'avis du père Jean.

 

Il nous reçut chez lui et nous prêta une oreille attentive. J'étais un peu intimidée, mais bien vite les paroles coulèrent de ma bouche sans que je puisse les maîtriser. Le père Jean me questionna, c'était une affaire grave, il me sermonna un peu : le mensonge pouvait engendrer de fâcheuses conséquences et l'imagination, parfois débordante des enfants, était mauvaise conseillère. J'ai l'impression d'entendre encore sa voix. Je lui assurai que je lui avais dit la vérité. Il nous recommanda de nous rendre à l'hotel de Parque avec l'ours et de ne pas parler des rêves.

 

Dès le lendemain, lorsque ma mère m'eut rejoint, nous nous préparâmes. Elle m'obligea à enfiler ma robe du dimanche, celle que je prenais pour aller à la messe et que je quittais très vite de retour chez nous, je n'aimais pas m'habiller en fille.

Bref, à l'hotel de Parque, sans nous laisser intimider par le luxe du hall, nous filâmes tout droit à la réception. Ma mère demanda à rencontrer la personne qui avait rédigé l'affiche. Le réceptionniste se fit un peu tirer l'oreille, mais lorsqu'elle lui agita l'ours sous le nez, il obtempéra rapidement.

Installées dans un salon, nous attendîmes de longues minutes. Un homme arriva enfin. Il était grand, mince, d'allure très aristocratique dans son costume blanc. Il s'avança, nous salua et s'assit dans un fauteuil, face à nous. En voyant l'ours, il blêmit et nous questionna. Je lui expliquai ma découverte au pied d'un monolithe. Il sembla surpris. Il était le père de la fillette disparue. Il était déçu du peu d'informations fournies, néanmoins la découverte de l'ours remit un peu d'espoir dans ses yeux. Il nous proposa une collation que ma mère refusa poliment. Il s'inquiéta de notre vie, ma mère resta évasive.

 

 

                                                                                           A suivre...

 

 

Repost 0
Published by Pascale Blazy
commenter cet article
18 septembre 2012 2 18 /09 /septembre /2012 17:34

numérisation0004-copie-1                                       

                                       La petite fée

 

 

                                                                            épisode 1

 

 

 

 

 

 

 

  Assise dans mon bureau au ministère, je viens de signer l’autorisation d’ouverture d’un chantier de fouilles, de nouvelles têtes de pierre ont été découvertes. Je garde un souvenir douloureux du temps où, enfant, j’allais me promener au pays des Olmèques…

 

  J’habitais alors dans une cabane, tout près de la décharge. Agripina, ma mère avait atterri là à l’âge de seize ans, lorsque, enceinte, son père l’avait chassée du domaine. Mon grand-père, que je ne connais pas, était cultivateur d’agaves et possédait une grande distillerie de tequila. Bien que je la questionnasse souvent, ma mère se refusait à me parler de sa vie avant, avant de prendre le car, quelques pesos en poche ; de sorte que je ne sus jamais rien de mon père, non plus. Son pécule épuisé, ma mère avait fait halte ici, elle avait pris quelques bouts de tôle, quelques planches et avait bâti notre maison. Comme toutes les femmes du coin, ou presque, la fabrique l’avait absorbée, engloutie, exigeant d’elle au quotidien un travail fourni et continu pour une rémunération minime. Pour compléter nos ressources, chaque soir, elle s’usait les yeux à la broderie de nappes pour touristes, bien trop fière pour s’abaisser à gratter les ordures de la décharge. Elle espérait quitter notre bidonville pour un appartement. En attendant, elle cachait son argent dans une boîte en fer blanc, enterrée dans un coin de notre cabane.

Lorsque survint l'événement que je mentionne ici et qui bouleversa notre vie, j’avais dix ans, j’étais une petite fille très brune, aux cheveux bouclés, coupés très courts, toujours vêtue d’un pantalon de toile et d’un maillot de coton, ce qui me faisait ressembler à un garçon et c’était très bien. Dans la rue, tout le monde m’appelait Jo, il n’y avait que le bon père Jean pour se souvenir que mon prénom était Josefa, il faut dire que c’est lui qui m’avait baptisée. J’ allais donc à ma guise, sous mon apparence de garçon.

Le matin, je quittais notre maison en même temps que ma mère, je marchais jusqu’à la ville, ma gamelle à la main. Je retrouvais Juan dans la cuisine de l’hôtel-restaurant Bodas de Plata, dans la grande rue. Je récupérais, dans son vestiaire, ma boîte de cireur. C’était un coffre de bois, compartimenté pour le rangement des boîtes de cirage, des brosses et des chiffons, muni d’une courroie de cuir que je passais à mon épaule. Je m’installais sur la place Dominguez, assise sur mon coffre, j’attendais mon premier client. Depuis un an que j’avais acheté cette boîte au vieux Jose qui devenait aveugle, je m’étais faite une place parmi les cireurs. Ma clientèle d'habitués ne cessait de croître, grossie par quelques occasionnels ; quant aux touristes, ils étaient souvent spectateurs, prenant des photos, les pieds nus dans leurs sandales.

J’abandonnais mon poste vers 14 h, sauf le mardi où je me rendais au marché en fin de matinée. J’aimais flâner parmi les étals et je passais de longs moments auprès de Paquita, une vieille dame qui vendait des poupées qu’elle confectionnait. Je l’avais toujours vu là, à côté du colporteur qui déballait son bric-à-brac à même le sol. C’était un peu la grand-mère que je n’avais pas, je lui confiais mes espoirs, mes secrets. Elle me disait des contes, des légendes, me parlait de ses poupées, mais rarement d’elle. C’était un être secret, j’aimais le mystère dont elle s’entourait.

Quand je retournais ranger mon attirail de cireur au Bodas de Plata, en cuisine, c’était le coup de feu. Juan, bien que plongeur, donnait la main aux cuisiniers. Dès mon arrivée, Pablo, le chef m’entraînait vers ses grosses marmites et me laissait choisir mon déjeuner. Dissimulée derrière une pile de cagettes, je me délectais d’un plat «à la française» comme le soulignait Pablo d’un clin d’œil. La carte du restaurant proposait, bien entendu, les spécialités locales, mais aussi de la cuisine française, la meilleure selon Pablo qui avait fait le déplacement pour apprendre auprès d’un grand chef. Une fois mon repas englouti, j’aidais Juan à la vaisselle.

Vers 17 h, je rentrais chez nous, la gamelle remplie de restes pour notre repas du soir. En attendant ma mère, j’endossais un vieux vêtement et je filais à la décharge où, de l’aube au couchant, le peuple des fouilleurs s’activait. J’y trouvais des choses intéressantes pour nous, certains objets étaient encore neufs ou presque, je les nettoyais et quelquefois je les vendais. Il était impressionnant de voir ce que les riches pouvaient jeter et ce que nous, les pauvres, nous pouvions en faire.

Quand je revenais chez nous, la gamelle était posée sur le réchaud à pétrole, ma mère fourbue m’attendait pour ma leçon. Comme beaucoup de gamins, je n’allais plus à l’école, mon travail était nécessaire pour notre survie. Ma mère tenait absolument à ce que je sache parfaitement lire, écrire et compter. Elle était encore scolarisée quand elle avait quitté la distillerie. Elle avait mis sa fierté en berne pour fouiller les ordures afin de trouver des livres dignes de mon apprentissage. Me perfectionner avait fait naître une certaine curiosité que je garde encore. J’avais récupéré quantité de livres et de magazines ; les plus sales, je les consommais sur place. Ma mère prétendait que ceux qui restaient dans l’ignorance ne sortiraient jamais de ce trou à rats, c’était pour cela qu’elle me donnait de l’instruction et qu’elle économisait dans la boîte en fer blanc.

Le dimanche, unique jour de fermeture de la fabrique, nous allions à l’église écouter le père Jean, puis ma mère préparait des haricots aux piments que nous mangions dans une tortilla. Nous passions une partie de l’après-midi à lire. Parfois, nous allions jusqu’à la ville où ma mère aimait jouer les touristes, elle m’apprenait l’histoire de notre pays : les Olmèques, les Aztèques, les Mayas et la Révolution. Elle me racontait les aventures de Nahual, un esprit maléfique qui dérobait les objets la nuit et qui, le jour, se dissimulait sous les traits d’un être ordinaire.

 

Ce dimanche-là, j’étais seule, ma mère travaillait à une nappe qu’on lui avait commandée, je me promenais à l’ombre des grandes statues de pierre que nous avaient laissées les Olmèques. J’étais impressionnée par ces énormes têtes sans cou, taillées dans le basalte, plantées dans le sol. Hautes de trois mètres, elles fixaient l’horizon de leurs yeux en amande, la lèvre supérieure retroussée à jamais.

Le site était désert. Je m’amusais à courir, zigzagant entre ombre et lumière, lorsque mon regard fut attiré par une pierre luisante sous le soleil : c’était un éclat de jade, sans doute taillé par les Olmèques. Il est fréquent de trouver au pied des monolithes des fragments d’objets. Je le mis dans ma poche et décidai d’en faire mon talisman. Je l’ai d’ailleurs là, devant moi, sur mon bureau, il ne m’a jamais quitté durant toutes ces années.

Presque à côté, dans l’ombre de la statue, se cachait un ours en peluche marron, autour de son cou était nouée une écharpe de laine rouge et beige à rayures.

Je décidai de l’adopter.

 

 

A suivre...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by Pascale Blazy
commenter cet article
11 août 2012 6 11 /08 /août /2012 21:20

Pour suivre mon actualité :

 


P4040051
 

 

retrouvez moi sur Facebook

 

 

Un compte

Une page

Pascale Blazy auteure

 

              A très bientôt ! 

Repost 0
Published by Pascale Blazy
commenter cet article
25 mars 2012 7 25 /03 /mars /2012 11:45

 

numérisation0001-copie-2

 

 

 

numérisation0002-copie-2         

 

             C'est une nuit sans lune, noire et profonde.

             Ses phares balaient l'asphalte.

             Elle descend prudemment. Seule, elle occupe toute la route, coupant les virages. De la vitre entrouverte, s'échappe la voix de Duke Ellington.

             La route sinueuse surplombe la mer, offrant une vue plongeante sur les stations balnéaires, taches lumineuses trouant l'opacité des ténèbres, dès qu'elle s'approche du précipice.

             Brusquement, la voilà qui prend de la vitesse, s'emballe. Les pneus crisssent.

             Devenue folle, elle oscille à toute allure, rasant les bords, jusqu'au moment où elle percute la paroi rocheuse, s'en va ricocher sur le parapet avant de disparaître, happée par le vide.        

 

 

 

                                Page 7  

 

 

 

 

 

Ce matin encore, elle me regarde de ses yeux bleus, source limpide, océan calme, abîme infini.

Mes mains se posent sur son visage.

Les yeux fermés, je le caresse, je l'apprivoise.

Mon visage.

Mon index descend sur l'arrête de mon nez, dessine ma bouche, glisse sur la courbe de mon menton, se perd sur mon cou. 

Mes mains descendent sur mon corps mince, jadis souple, aujourd'hui infirme.

J'ouvre les yeux.

Elle me regarde, l'inconnue du miroir. 

Elle dit se nommer Irina, mais je n'en suis pas sûre. Je ne sais pas ou plutôt je ne sais plus.

Irina Karpovna, tel est mon nom.

C'est Serge, mon mari qui s'occupe de moi, de ma mèmoire perdue.

Serge qui veille sur moi.

Serge et son frère Igor.

Page 31

 

 

 

Les adolescents retournèrent en bordure de rivière, scrutant l'onde colérique qui bouillonnait. Habituellement si claire, si limpide, l'eau brouillée, souillée, avilie par tout ce qu'elle emportait, filait à toute allure se jeter dans le fleuve qu'elle alimentait, comme pour se débarrasser de toutes ses ordures. Par endroits, des branchages, s'accrochant aux pierres, s'emmêlaient, s'agglutinaient, créant un fugace barrage détruit par la vaillance du courant.

Subrepticement, un fil rouge s'insinua dans le flot boueux, moirant son cours de veines écarlates.  D'abord ténu, bien vite têtu, il devint lien, corde, cordage ; tentaculaire, il prit possession de l'onde jusqu'à l'hémorragie. Le courant de la rivière malade, grossi par cet afflux soudain , s'affola, s'emballa, débordant sur la berge de sable fin, la tachant de son sang.
Luigi lâcha quelques jurons, serrant les poings, la tête tournée vers l'amont, vers la teinturerie de rouge.

Louis, se sentant insulté, apostropha son voisin. Ils se bousculèrent, se repoussèrent, puis se ruèrent l'un sur l'autre et tombèrent en un fuieux corps à corps.

Luigi plaqua Louis sur le sable qui s'incrusta dans son dos nu, tandis qu'une pierre proéminente se gravait dans son omoplate. D'un brusque coup de rein, Louis fit basculer son adversaire...

Page 79

 

 

Quittant l'enceinte du château, Emiliane s'engagea dans la rue principale qui traversait le bourg, rue que dame Hildegarde avait fait paver et au centre de laquelle elle avait fait aménager une rigole, chargée d'évacuer les eaux usées.

 Il était tôt, pourtant l'agitation était déjà grande, un peu comme si, profitant du redoux, les habitants de Saint-Jean-le Pré rattrapaient le temps perdu, prisonniers de l'importante masse neigeuse qui avait brusquement ensommeillé leur vie. La neige était venue dès le premier jour de l'Avent, tombant silencieusement en gigantesques flocons, s'insinuant partout, masquant les contours, édifiant de nouvelles murailles, barrant les portes, fermant les fenêtres. Quand tout fut blanc, le gel se chargea de maintenir en place le manteau cotonneux.

Des courageux, armés de pelles, avaient poussé, repoussé, tourné, retourné, creusé la couche épaisse, aménageant des passages pour une vie au ralenti.

Aprés une quinzaine de jours de froid virulent, une nuit, la température s'était radoucie, anéantissant le carcan glacé, libérant enfin la contrée.
Sous le capuchon baissé d'une lourde pélerine de  drap sombre, Emiliane voyageait incognito au milieu de cette foule, devenue dense à l'approche du coeur de la cité. Elle bifurqua dans la ruelle boueuse qui conduisait à la place du marché. Son panier au bras comme une ménagère avertie, elle saisit à pleines mains les pans de sa jupe de toile grossière, la relevant de son mieux, afin d'éviter qu'elle ne bût l 'excédent d'eau salie du sol détrempé.
Perdue dans la cohue, elle n'avait d'autre alternative que de se laisser porter par le flux grouillant, avançant ou reculant au gré de la masse. Elle arriva alors au point crucial de l'embouteillage : une charrette embourbée barrait la rue, le charretier malingre tentait en vain de manoeuvrer son véhicule ; hélas, plus il insistait, plus il s'enfonçait. Un colosse se porta à son secours.
Comprenant qu'il faudrait encore beaucoup de temps pour libérer le passage, Emiliane reprit la maîtrise de son expédition et, jouant des coudes, tenta de faire demi-tour.

Page 115 

 

 

Brunehaut avait extrait de son fermail d'émeraudes la croix de résurrection. Chaque jour, elle la prenait un moment en main pour s'imprégner de son pouvoir. Se sentant immortelle, elle avait toutes les audaces, bravant tous les dangers, ainsi elle chevauchait à brides abattues, se laissant griser par la vitesse, sautant par-dessus les obstacles, franchissant des précipices sans éprouver le moindre frisson.

Il n'y avait qu'Hildegarde pour se mettre en travers de la route qu'elle s'était tracée, cette vieille truie avait la peau dure ! 

Page 180

 

www.ija.fr

 

      Photographie de couverture : Emmanuelle Russier

 

Me rencontrer, me contacter : voir sur le blog  page Rencontres, dédicaces,...

 

Repost 0
Published by Pascale Blazy
commenter cet article
9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 19:55

test383 c                       

 

 

 

 

 

 

                              C'est pour moi

 

                      un grand plaisir de vous faire

 

                     découvrir les photographies d'Emmanuelle.

 

                                

                    

                                

 

 

 

 

 

 

 

   

 

livres 0777

 

 

 

 

 

 

 

                    Je tiens à la remercier pour

             

                          son soutien

 

                                et

 

                           ses conseils

 

                             de lectrice.

 

 

 

 

 

 livres 0812

                  

 

 

 

 

                       Depuis le début, elle m'accompagne

 

                              dans mon aventure d'écriture.      

 

 

 

 

 

 

 

 

 livres 1051

 

 

 

 

 

        

 

 

 

 

 

             Je la remercie d'avoir accepté

 

                      de faire la couverture

 

                     de mon nouveau roman

 

 

 

 

                   La croix de résurrection

 

 

test378 copie

 

 

 

 

 

 

 

                          

 

 

   

                                     Choix difficile

 

 

 

 

 

 

 

     livres 0843

 

 

 

 

 

 

              

  

  

  

                              N'est-ce pas ?

  

  

  

  

  

  

  

  

test380

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                          Bientôt la réponse.

 

                        Les dernières corrections sont faites,

               en espérant que nous n'avons pas laissé

               échapper trop de fautes....

                       La couveture est arrêtée...

                  Le livre est en route...... 

Repost 0
Published by Pascale Blazy
commenter cet article
20 février 2012 1 20 /02 /février /2012 21:24

numérisation0015

 

     Notre éditeur nous a proposé, à nous ses auteurs, d'écrire une nouvelle. Il souhaitait les rassembler dans un recueil offert à des fins publicitaires.

     Il est bien rare que la nouvelle soit mise en avant, elle est le parent pauvre dans la littérature française, rarement plébiscitée par le public.

    

     Pourtant, un recueil de nouvelles : c'est un bouquet aux mille senteurs, une boîte de chocolats aux nombreuses saveurs.

     Imaginez la belle boîte que l'on vous offre pour Noël, tous ces chocolats bien rangés, de formes différentes. Chocolat noir, chocolat au lait ou chocolat blanc, dissimulé par un papier aluminium argent, doré, rouge ou offert nu à votre convoitise.

     Difficile de choisir.

     Déjà, vous vous régalez des yeux...

     Enfin, vous vous décidez. Vous le prenez délicatement entre deux doigts, vous le humez et le posez tendrement sur votre langue, dans la caverne de votre bouche.

     Aussitôt vos papilles sont en folie.

     La coque chocolatée fond lentement, délivrant ses arômes.

     Le parfum de la crème enchante vos sens ou est-ce le praliné qui réjouit votre palais ou la liqueur qui explose dans votre bouche ?

 

     Plaisir fugace, joie éphémère et pourtant si facile à prolonger... il vous suffit de tendre la main et de saisir une autre bouchée.

     Il en va de même pour la nouvelle, le goût en est chaque fois différent. Il y a celle que vous appréciez, celle que vous n'aimez pas, alors tournez la page et puis... bonheur : il y a celle que vous savourez, que vous relisez et que vous relirez avec plaisir.

    

     Je vous offre "un dernier tilleul" en espérant vous régaler.

 

     Pour les autres textes, il faut voir avec les éditions Jeanne d'Arc.

 

     www.ija.fr

 

                                                        UN DERNIER TILLEUL

 

     Géraldine attendait la visite de Germain dans le jardin, surplombant la mer. Assise sur une banquette, elle savourait le spectacle : le soleil couchant embrasait le ciel, envahissant l'onde de ses reflets de feu et de sang. Elle espérait que le soir lui apporterait de la fraîcheur et que la brise marine l'apaiserait un peu. Il avait fait si chaud aujourd'hui. Pas un souffle d'air n'agitait les feuilles des orangers. Les parfums têtus des fleurs alourdissaient l'atmosphère et l'enivraient. les abeilles bourdonnaient encore.

 

     Une grosse perle de sueur roula entre ses seins et vint s'écraser sur la toile fine de sa robe orange. Elle était nue et fraîche, sortant à peine de son bain. Sa peau soigneusement poudrée avec un talc qu'elle faisait préparer par un Egyptien qui se targait de connaître tous les secrets de Cléopâtre, embaumait le jasmin.

 

     Géraldine était ce que l'on pouvait appeler une courtisane. Elle était un peu la chose de Germain, ce riche industriel qui dilapidait sa fortune à braver le danger. Fou d'aventure, il avait participé récemment à un safari en Afrique et avait failli y laisser sa peau. Un fauve l'avait attaqué et l'avait traîné dans la savane. Il lui avait échappé en rampant et avait trouvé refuge dans le creux d'un rocher. L'animal avait néanmoins eu le temps de lui broyer la jambe. Germain avait séjourné quelques temps dans un hôpital de brousse, frôlant l'amputation. Dès qu'il avait pu revenir en France, il s'était confié aux bons soins d'un éminent professeur qui lui avait conseillé de poursuivre sa convalescence au soleil. Il avait donc loué pour lui une suite à l'hôtel Negresco et s'était empressé de faire venir sa maîtresse dans une grande villa perchée sur la corniche.

 

     Géraldine avait donc reçu l'ordre de quitter son pavillon de la banlieue parisienne pour venir, avec sa domestique Rosalie, s'installer sur la côte. Elle avait immédiatement pris le train avec seulement son nécessaire à toilette, sachant qu'elle trouverait à son arrivée une enveloppe bien garnie, de quoi se constituer une nouvelle garde-robe.

     Depuis qu'elle était sous la protection de Germain, comme il se plaisait à le dire, elle ne manquait de rien, ses désirs étaient comblés avant qu'elle ne les formule, seule condition : rester soumise et dans l'ombre. En effet, il tenait beaucoup à la clandestinité de leur liaison et venait au rendez-vous seul, au volant de son Hispano Suiza, se dispensant des services de son chauffeur. Rosalie partageait la confidence, engagée par Germain, elle était très dévouée à  sa maîtresse.

 

     Le soleil s'enfonçait dans la mer devenue sombre.

     Germain n'allait pas tarder.

     Rosalie apporta deux tasses et un grand pot de tilleul, l'infusion préférée de Germain.

     Géraldine s'éventa. Elle, qui détestait cette saveur fade, avait été obligée de s'en accommoder avec tout de même l'autorisation de la sucrer un peu.

     Elle avait rencontré son amant un jeudi soir, en sortant du travail, alors qu'elle flânait au rayon des parfums dans un grand magasin. Petite vendeuse en mercerie, elle gagnait tout juste de quoi manger et se payer un petit garni sous les toits. Un peu étourdie par tous ces flacons d'où s'échappait une kyrielle de senteurs, elle en avait saisi un : il était en verre bleu ; biseauté, on aurait dit une pierre précieuse ; rond, tenant bien dans la paume ; son bouchon était une boule lisse et dorée. Au moment où elle s'apprêtait à le dissimuler dans son sac, une main avait saisi son bras. Se croyant prise, elle avait fait volte-face et s'était perdue dans le regard limpide de Germain.

     "Puis-je vous offrir ce parfum, Mademoiselle ? "

     Elle avait balbutié n'importe quoi. Il ne l'avait pas écoutée, l'entraînant à la caisse. Il avait payé, puis l'avait emmenée dans un salon de thé où il avait commandé deux tilleuls sans sucre et deux meringues au chocolat.

     A partir de ce moment, elle n'avait plus rien décidé.

     Elle avait quitté son travail et sa soupente pour s'installer avec Rosalie dans un hôtel particulier.

     Au début, Germain passait presque tous les jours, puis, il annonça qu'il ne viendrait plus que les jeudis.

    Alors, elle attendait, en écoutant la TSF, sortait seule ou parfois avec Rosalie, il ne tenait pas à s'afficher avec elle. Il lui envoyait des cadeaux de toutes sortes : fleurs, bijoux, bibelots, vêtements...

 

     Le soleil avait complétement disparu dans la mer, parfaitement noire maintenant. Rosalie avait posé sur la table une lampe à pétrole. Les insectes dansaient dans la lumière. Une coupelle de citronnelle, chargée d'éloigner les moustiques, mêlait son odeur à celle trop lourde du jardin.

     Un bruit sec et régulier sur le dallage de l'allée annonça la venue de son visiteur. Depuis son accident, il s'aidait d'une canne pour se déplacer, sa jambe n'avait pas retrouvé toute sa mobilité.

    Il s'approcha de la banquette, déposa un baiser brûlant dans le cou de sa protégée, parfaitement immobile. Il vint s'asseoir près d'elle et lui saisit la main.

     - Alors, ma douce, êtes-vous heureuse de votre séjour ?

    - Oui, merci Germain. La maison est magnifique, je passe presque tout mon temps au jardin à regarder la mer. Le matin, très tôt, alors que la plage est déserte, je prends un bain. Je me suis acheté un de ces justaucorps rayés bleu et blanc. Vos savez, je n'avais jamais vu la mer et...

     -  Bien entendu, petite sotte, vous n'avez jamais rien vu. Allons, servez plutôt le tilleul. Faites donc attention, vous en avez renversé à côté de la tasse ; c'est chaque fois pareil !

     Il lui donna un coup de canne sur la jambe.

     Elle fit comme si rien ne s'était passé et lui tendit la tasse en souriant.

     Elle le regarda boire, se demandant ce qu'elle ferait quand il ne serait plus là pour subvenir à ses besoins. Elle n'avait que vingt ans et plus du tout envie de redevenir vendeuse. Il avait vieilli depuis son accident, cette fois, il paraissait bien son âge, la cinquantaine proche.

     - Alors, tu ne bois pas ? dit-il sur un ton bourru.

     Elle prit la tasse et avala d'un trait. Elle détestait tellement le tilleul ! Il l'obligea à prendre une seconde tasse pour l'accompagner. Puis, il alluma un cigare et se cala contre le dossier de la banquette, son visage dans l'ombre était éclairé par la rougeoiement du bout incandescent, à chaque bouffée de tabac qu'il aspirait. Les volutes de fumée qu'il rejetait tournoyaient autour de la lampe et dérangeaient les insectes. 

     Soudain, il jeta son mégot dans une tasse et attira Géraldine contre lui. Embrassant ses cheveux et son visage, il glissa la main dans l'échancrure de sa robe à la recherche d'un sein. Il la retira vivement comme après une morsure.

     - Comment ? Tu as la peau moite ? Tu sais que je déteste cela !

     De sa canne, il commença à la frapper. Elle ne bougeait pas telle une statue sous la pluie.

     - Petite insolente ! Courbe le dos devant ton maître. Allons Géraldine, prosterne-toi, expie ta faute. Souviens-toi que je t'ai tirée du ruisseau et que tu me dois tout. Tu es ma chose, Géraldine, ma chose !

     Elle ne bougeait pas, toujours assise sur la banquette, bien droite malgré l'averse de coups.

 

     Alors, il s'arrêta, fou de rage. Elle le fixait.

     - Vas-tu baisser les yeux, sale guenon ?

     Géraldine se leva lentement, s'approcha du mur où brillait, sous la lune, le sécateur qui lui avait servi à couper des fleurs. Elle affirma le manche dans sa main, se retourna et fit quelques pas en direction de Germain. Son bras se détendit très vite comme un ressort et l'outil l'atteignit au ventre.

     Il fut surpris et lâcha sa canne. Elle frappa encore plusieurs fois dans les entrailles de son amant qui bascula sur le côté.

     Elle posa calmement le sécateur sur la table, se servit une tasse de tilleul, y versa le contenu du sucrier et tourna lentement le breuvage, le petit doigt en l'air comme l'exigeait son protecteur. Assise confortablement dans un fauteuil, sirotant son infusion, elle assista à l'agonie de Germain. Elle se délectait du moment.

     Des image du film "Loulou" de Georg Wilhelm Pabst lui revinrent en mémoire. Elle aimait bien le cinématographe, s'y rendant très souvent. Rosalie lui trouvait une ressemblance avec l'héroïne de ce mélo, c'est vrai qu'elles avaient la même coiffure.

     Elle descendit ensuite au jardin. Elle retira délicatement tous les géraniums du grand massif et les déposa soigneusement dans l'allée. Armée d'une grosse pelle, elle creusa une fosse profonde bien au centre.

 

     Le soleil se levait, toujours écarlate. Rosalie apparut au bout de l'allée.

     - Madame, je vous cherchais... Ah ! Madame, mais quel malheur, Monsieur... C'est vous qui l'avez... Madame, mais pourquoi ? Mon Dieu, il faut appeler la police.

     Aussitôt, Géraldine jaillit du trou comme un diable hors de sa boîte, la canne de Germain à la main, elle frappa  violemment la domestique, l'atteignant à la tempe avec le pommeau en or. Un suel coup suffit.

     Jugeant que la fosse n'était pas assez profonde pour une deuxième personne, elle se remit au travail. Il commençait à faire chaud, elle suait à grosses gouttes.

     Elle tira le corps de Germain au bord du trou et après avoir soulagé son portefeuille de la liasse de billets qui l'encombrait, le fit basculer,  puis ce fut au tour de Rosalie. Elle s'activa pour reboucher, replanta les géraniums et poussa même le luxe jusqu'à les arroser.

     Elle nettoya toutes les traces qui souillaient les allées.

 

     Une fois dans la maison, elle se mit nue et brûla la robe orange maculée de sang, de terre et de sueur ainsi que tous les effets de sa bonne.

     Epuisée, elle se fit couler un bain à l'huile de jasmin, y resta jusqu'à ce qu'il fut froid, puis se sécha, se poudra, se maquilla et enfila une robe blanche brodée de perles.

     Assise devant sa coiffeuse, elle brossa ses cheveux coupés au carré et les ramena en accroche-coeur sur ses joues.

 

     Géraldine avait déjà gommé de sa mémoire les événements de la nuit. Pour elle, un nouveau jour s'offrait, une nouvelle vie.

     Toutes ses émotions lui avaient donné faim, elle se prépara un copieux petit déjeuner qu'elle prit face à la mer sur la terrasse.

     Le soleil était haut dans le ciel.

     Elle s'amusa à compter les baigneurs, alluma une cigarette, se versa une autre tasse de thé et  feuilleta distraitement la revue Cinémonde.

    La vie était belle.

 

     Dans un sac de voyage, elle entassa quelques vêtements et son précieux nécessaire à toilette. Elle rangea le reste de ses effets dans la grosse valise de Rosalie et vérifia que rien ne traînait. La maison était telle qu'elle l'avait trouvée à son arrivée...

     Devant le miroir du couloir, elle ajusta sa coiffure, plaça son chapeau, sortit son bâton de rouge à lèvres de son sac et se dessina un sourire.

     Tirant sa lourde valise sur le seuil, elle ferma la porte puis guetta le taxi qu'elle avait demandé par téléphone.

 

     Géraldine se fit conduire sur le port. Un bateau partait pour une croisière dans les îles grecques, elle acheta un billet, fit porter ses bagages dans sa cabine et attendit l'heure de l'embarquement à la terrasse d'un café.

     Lorsque les premiers voyageurs arrivèrent, elle s'engagea sur la passerelle.

     Elle n'avait pas mis un pied sur le pont que déjà un monsieur d'âge mûr lui tendait la main...

 

Repost 0
Published by Pascale Blazy
commenter cet article
9 décembre 2011 5 09 /12 /décembre /2011 08:18

     Après deux années de recherches et d'écriture, j'ai mis un point à la dernière phrase de ce roman. Je l'ai ensuite donné à mon comité de lecture, je le remercie ici pour sa fidélité, son aide et son soutien.

    Le retour fut plutôt enthousiaste avec toujours de précieux conseils et de judicieuses observations.

    J'ai donc repris le texte en m'interrogeant sur les remarques faites, modifiant parfois certains passages. Puis fin septembre, je me suis décidée à envoyer le manuscrit à mon éditeur.

    ATTENTE...

 

    Voici quelques jours, j'ai appris, à ma plus grande joie, que je serai publiée. Nos commençons les corrections en janvier. 

 

    Ce n'est pas une mince affaire.

    Nous nous attachons à laisser filer le moins de fautes possible, mais elles sont rusées !

    Dictionnaire d'un côté, livre de grammaire de l'autre et observations de l'éditeur face à moi, je m'enfonce dans la jungle des mots. 

    Je dois avouer que je suis une piètre correctrice, même si je connais parfaitement mon roman, je me laisse emporter par l'histoire, oubliant la traque. 

    Alors, je reviens en arrière, vérifiant plusieurs fois le même mot, omettant un autre, m'interrogeant sur les accords, les temps de conjugaison, la ponctuation,... Au bout d'un moment, je ne sais plus, je doute de tout. Bref, je réalise encore une fois que notre langue est belle, mais truffée de difficultés et de chausse-trappes. 

    Aussi demanderai-je la clémence au lecteur, surtout à celui qui sait si bien pointer l'erreur, est-il si irréprochable que cela ? N'a-t-il pas laissé, lui-aussi, au moins une fois, filer la faute ? 

    Elles sont perfides, les coquines, elles se gaussent de vous au détour de la phrase... Alors si par hasard, l'une d'elles, qu'elle soit d'orthographe, de grammaire, de frappe,... vous saute aux yeux : indulgence. Je suis une raconteuse d'histoires, pas une machine à corriger ; à ce propos, même l'ordinateur, machine suprême, ne souligne pas toujours l'erreur, à qui se fier... 

 

    Il faudra ensuite se pencher sur la couverture, le titre et la quatrième de couverture, en voici un brouillon : 

 

    Saint-Jean-le Pré, en ce jour de la saint Jean de l'an 1223 : on célèbre les épousailles du seigneur Enguerran de Belrocaille et de la jeune Emiliane. Vassaux et villageois sont rassemblés, on espère un héritier mâle.

 

    Saint-Jean-le Pré, de nos jours, fête de la saint Jean : parmi les villageois, les nouveaux arrivants : Irina, jeune femme amnésique et Serge, son mari. Paul, cet antiquaire, qui semble avoir traversé le temps. Et Fred, ce collectionneur avide, qui ne sort jamais de chez lui.

 

    De curieuses coïncidences, de troublantes ressemblances et les échos du passé qui s'en viennent ricocher et troubler le miroir lisse du présent. Et cette croix, activement convoitée, qui glisse entre les mains de celui qui croit la posséder...

 

    Pour l'instant, je lis, je lis, une véritable boulimie de lecture. Pour moi, une journée sans lire équivaut à la traversée d'un désert. Même lorsque je suis en écriture, je lis, mais en pointillé. Et je vais bientôt y retrourner... 


    Depuis cet été, je suis en phase "mijotage". J'envisage un retour à Manadieu où une jeune fille a disparu. J'ai hésité un temps à poursuivre, rattrapée par la triste actualité d'il y a quelques semaines dans notre département, puis j'ai décidé de continuer. L'intrigue prend forme, la fin est arrêtée et les personnages deviennent de plus en plus présents... à suivre. 

 

 

 

 

Repost 0
Published by Pascale Blazy
commenter cet article

Présentation

Recherche

Pages

Liens