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Atelier d'écriture Michel - Fin été 2026

28 Août 2026, 09:29am

Publié par Pascale Blazy

Utiliser les mots tirés des livres que Michel a sur sa table de chevet  (tous ou quelques uns seulement) :

coucher - sourire - catalogue - fluide - menton - paillasson - ardoise - mission - habitude - contraire - cuisinier - salive

J'ai pris le pari de les utiliser tous et les ai soulignés dans le texte. 

Titre : Le rendez-vous

Que me suis-je vanté de savoir peindre les portraits !

J'aurais bien dû rester à ma place de peintre de la nature, mon âme y est en paix au milieu des prés et des bois.

Dans ce boudoir, face à Juliette – je l'appelle par son prénom seulement en esprit, elle est madame, l'épouse de ce bourgeois pédant qui se targue de réunir des artistes et d'en être le mécène, il organise des réceptions et nous expose comme sur un catalogue – mon corps est en émoi.

Juliette est une femme très séduisante, au sourire charmeur et qui sait jouer de ses yeux verts aux longs cils recourbés. Son regard est un fluide limpide qui me traverse et me porte bien loin de ma mission. Et quand je devine son corps sous sa robe sagement boutonnée jusque sous son menton mutin, quand je rêve de me perdre dans les froufrous de ses jupons, ma bouche s'assèche et ce n'est qu'en buvant que la salive me revient. Je reste alors les yeux perdus dans cette splendeur, le pinceau à la main, tentant de me concentrer sur mon travail ou alors je plonge le nez sur ma palette où tel un cuisinier je touille et je mélange quelques pigments, élève appliqué sur son ardoise. Puis, je reprends mon travail par habitude. Voici maintenant quatre jours que je suis au supplice.

En fin d'après-midi, monsieur entrera dans le boudoir pour venir s'informer de l'avancée de mon « œuvre ». Je saurai qu'il arrive car j'entendrai le frottement de ses souliers vernis sur le paillasson de l'entrée. Il ouvrira la porte, brisant ainsi le charme de ce délicieux moment, s'approchera de sa femme dont il saisira la main qu'il baisera distraitement.

Le modèle à son bras, il contemplera l'esquisse de l'image couchée sur la toile et emmènera son merveilleux contraire au salon pour prendre le thé.

Mais ce soir, alors qu'ils allaient franchir le seuil, je ne sais sous quel prétexte, elle le quitte, s'avance vers moi et me glisse au creux de la main un billet, puis espièglement se sauve.

Tremblant, à l'abri des regards, je l'ouvre.

La coquine m'attend...

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Atelier d'écriture de Michel été 2026

2 Août 2026, 21:46pm

Publié par Pascale Blazy

Thème : L'été

Un bon moment, un joli lieu, une rencontre

Titre du texte : La pleine lune de juillet

 

Lorsque j'arrivai dans l'antique manoir de Balrial, mon amie n'était pas là, le couple de ses vieux domestiques m'accueillit avec une tasse de thé et un biscuit savoureux.

Une fois installé dans une chambre luxueusement meublée, dont une large baie donnait sur le jardin, le besoin de respirer me prit. Je sortis donc sur la terrasse dallée et m’installai dans un des fauteuils en rotin.

Une profonde sensation de bien-être m'envahit, les yeux clos je finis par m'assoupir.

A mon réveil, un oiseau perché sur la balustrade m'observait. Sans crainte, il se mit à voleter de la roseraie en fleurs à moi, comme une invite à le suivre à laquelle je répondis promptement.

A peine eus-je foulé les graviers bruns de l'allée qu'il disparut au loin.

J'admirai le travail du jardinier qui avait savamment marié les plantes et les couleurs, créant de véritables paysages floraux.

J'avançai ainsi émerveillé jusqu'à la frontière d'une haie de troènes aux fleurs odorantes, au-delà de laquelle la nature reprenait ses droits. Quelques touffes d'herbes folles se disputaient la lumière rare qui s’immisçait entre le feuillage abondant des arbres vénérables.

Alors que je m'arrêtai devant l'obstacle, l'oiseau apparut, attirant mon attention sur une trouée dans le mur végétal.

Enivré par le parfum prégnant des troènes, je m'engageai sous la ramée. Le soleil à son couchant traçait des rais sur le sol accidenté du sous-bois, révélant les ornières, les cailloux et les racines traçantes. Louvoyant entre les arbres et les aspérités du terrain, je m’enfonçai toujours plus loin dans ce parc arboré jusqu'au mur de pierres grises qui en délimitait la surface.

Je fis halte au pied d'un portillon rouillé qui s'ouvrit sans difficulté.

Une lande sauvage s'étendait à perte de vue.

J'allai droit devant moi, foulant à petits pas la terre ocre et sèche. Y poussaient courageusement quelques maigres arbrisseaux, des bouquets de genêts et de bruyères et des touffes de graminées.

Subrepticement le ciel s'obscurcit, le voile bleuté du crépuscule se déployait.

Il était temps pour moi de faire demi tour.

J’effectuai la manœuvre et repris ma progression, persuadé de me diriger vers le parc et la maison.

Force fut pour moi d'admettre que mes pas ne menaient nulle part et que l'espoir d'apercevoir la lisière de la forêt s'amenuisait au fur et à mesure que l'ombre prenait possession de la lande.

Je m'arrêtai, cherchant du regard le vol du petit compagnon qui avait guidé ma promenade, mais en vain.

Au ciel s'alluma la première étoile, augurant de la perte de mes repères et de la perspective d'une nuit sous la voûte céleste.

Les ténèbres s’épaississaient quand la lune ronde et sanglante pointa à l'horizon, empourprant les crêtes des végétaux.

Assis sur un rocher, je contemplai sa lente ascension sur l'écran noir de la nuit, un vent frais et léger l'accompagnait.

Le silence était total, je m'entendais respirer.

Soudain, se détachant sur la clarté écarlate, la silhouette d'un loup se dressa, le pelage luisant d'un éclat métallique, campé sur ses pattes, le museau levé vers l'astre, il se mit à hurler.

Pétrifié, je le fixai en espérant qu'il ne me vît point.

A l'instant précis où un nuage masqua la lune, l'animal se tut, se retourna et avança dans ma direction.

Immobile, retenant mon souffle, je m'accrochai à l'idée qu'il ne m'avait pas repéré.

Ce fut en grognant qu'il s'immobilisa à quelques pas de moi.

Le cœur palpitant, prêt à m'enfuir, j'attendais.

Soudain le nuage libéra la lune et dans son halo nos yeux s’aimantèrent.

Instantanément j'eus le sentiment de connaître, de reconnaître ce regard si pur et si doux.

Le loup s'approcha silencieusement, je tendis les mains, il y déposa sa tête que je caressai doucement, puis d'une pression du museau, il me fit signe de le suivre et me conduisit au portillon du parc.

Je m'y engageai, l'animal courut se perdre dans la lande.

Je regagnai sans encombre le jardin, la terrasse et ma chambre où m'attendait une collation sur un plateau.

Je passai le reste de la nuit à dormir intensément.

 

Au matin, encore sous le coup de mon aventure nocturne qui, pour le moins, me semblait être un songe, je me dirigeai vers la salle à manger où le majordome m'invita à prendre le petit déjeuner.

J'étais là, partagé entre rêve et réalité, à hésiter entre tous les mets proposés, sirotant ma première tasse de café lorsque mon amie entra, radieuse dans une robe légère et vaporeuse aux teintes pastelles, ses longs cheveux flottant sur ses épaules.

Je me levai pour la saluer et me portai à sa rencontre. Elle me tendit les mains, je lui donnai les miennes en souriant. Nos yeux se rencontrèrent, alors à cet instant précis, je sus que le loup était une louve et qu'elle et ma bien aimée n'étaient qu'une seule et même personne. Instinctivement, je compris ainsi ses mystères et ses absences. Je l'enlaçai lui signifiant mon allégeance.

 

Peu de temps après, nous nous mariâmes et vécûmes le pur bonheur pendant deux ans, jusqu’au lendemain du soir de la pleine lune de juillet où ne la voyant pas revenir de son escapade, je m'aventurai sur la lande. Elle gisait parmi les bruyères le cœur ensanglanté d'une balle en argent dans sa dépouille de louve. La mort soudaine ne lui ayant pas permis de reprendre sa forme humaine.

Faisant fi de toute convenance, le majordome avec la complicité du fossoyeur du village placèrent mon aimée dans un cercueil. Désormais, elle repose éternellement dans la crypte du manoir où je la pleure.

 

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La 8e enquête de Clarisse : La toupie du diable

2 Juillet 2026, 16:00pm

Publié par Pascale Blazy

Par un dimanche de février, au hameau des Corbiers sous la neige, le patriarche de la famille Langlois est retrouvé mort dans son lit. Le docteur Préjean soupçonne un homicide et appelle l'adjudant-chef Marchand et sa brigade à la rescousse. 

Outre les proches, la famille Dompierre, ennemie ancestrale des Langlois, est suspectée. A moins qu'il n'y ait quelque sorcellerie... Clarisse découvre une poupée vaudou dans le tiroir du chevet de la victime. 

 

Extrait : 

Le vieil homme dormait paisiblement.

Son visage d'une pâleur extrême et son immobilité évoquaient l'attitude des gisants, corps figés pour l'éternité.

Cependant, son souffle court soulevant à peine sa poitrine rappelait qu'un fil ténu le reliait encore au monde des vivants.

De sa bouche tordue s'échappait un filet de bave qui glissait sur sa joue.

La sensation d'une présence lui fit ouvrir son oeil unique qui s'écarquilla en découvrant cette figure surgie du passé, toujours aussi jeune.

Désespérément, son oeil roula de droite à gauche. Il essaya de remuer les lèvres.

De sa gorge s'éleva une sourde plainte.

Prisonnier de son corps de pierre, il ne pouvait échapper à son châtiment.

Résigné, il ferma la paupière lorsque l'oreiller s'abattit sur son visage...

 

...Alors que Clarisse approchait de la table de nuit pour en ouvrir le tiroir, elle se sentit tirée en arrière par une main ferme. La gendarme Mercier la poussa et se pencha sur le chevet. Du compartiment clos par une porte, elle extirpa un vase de nuit qui fut consigné dans la saisie. Ayant ouvert le tiroir, elle poussa un cri. Tout le monde se précipita pour découvrir la cause de sa réaction : une poupée en cire, piquée d'une aiguille en plein coeur, sommairement enroulée dans un mouchoir à carreaux taché de sang, posée sur un vieux livre recouvert d'un papier brun où était collée une étiquette rappelant celles utilisées à l'école et où était écrit à 

la plume "La légende dorée".

Cet opus est plus rural, le hameau est le lieu phare, pas un huis clos tout de même, mais bien ancré dans le territoire avec ses familles paysanes qui s'affrontent depuis des lustres et qui vivent au rythme des travaux de la terre et des problèmes de l'agriculture moderne. 

Petit clin d'oeil à "La légende dorée" une mythologie chrétienne, ouvrage écrit entre 1261 et 1266 par Jacques de Voragine, dominicain et archevêque de Gênes. et les peintures de Bosch et Bruegel. 

Un soupçon de sorcellerie pour pimenter l'histoire. 

Et les secrets de famille lourds et douloureux qui remontent en surface et explosent. 

Dans toutes les librairies et sur le site des éditions Créer 

https://www.edicreer.com/litterature/roman-policier/livre-cosy-mystery-la-toupie-du-diable.html

Avec Clarisse, nous vous souhaitons un agréable moment. A bientôt.

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Atelier d'écriture de Michel - Juin 2026

27 Juin 2026, 14:42pm

Publié par Pascale Blazy

Thème : Canicule - film des années 80 du même nom - sentiments exacerbés - sene en éveil - ambaince étouffante, écrasante

Titre : Effluves du passé

Sue était venue la veille du départ de sa sœur Meg s'installer au ranch pour s'occuper de son neveu, un gentil bébé de huit mois. Meg serait absente deux jours.

Le petit garçon était à la sieste dans la chambre la plus fraîche de la maison, il s'était assoupi sans difficultés. C'était un bébé facile à contenter : une fois le ventre plein, il gazouillait et s'endormait.

Sue avait rejoint son beau-frère Matt dans la pièce à vivre. Sous les palles du ventilateur fixé au plafond qui ne brassait que de l'air chaud, il se balançait tranquillement dans un rocking-chair. A peine avait-il tourné la tête à l'entrée de Sue qui était venue se caler dans les coussins de la banquette en bois collée au mur. Elle avait allongé ses jambes et entamé la lecture du roman qu'elle avait apporté.

Le silence,rythmé par le léger chuintement du ventilateur et le grincement régulier du fauteuil, appesantissait l'atmosphère déjà lourde de ce début d'après-midi de canicule.

Après une matinée de labeur commencée à la pointe du jour alors que l'air était encore respirable, Matt et ses ouvriers prenaient une longue pause et se retrouvaient pour leurs activités lorsque la température consentait à baisser de quelques infimes degrés et ce jusqu'aux prémices de la nuit. Ils rentraient alors pour dormir avant de reprendre le cycle de la journée suivante.

Matt se balançait les yeux mi-clos, le cerveau anesthésié par l'étouffante moiteur de l'air. La senteur acre de la sueur empuantissait la pièce, pourtant son odorat percevait un léger effluve qui s'insinuait en lui et éveillait des souvenirs enfouis. Quelques images fugaces naissaient dans son esprit engourdi. Il tourna légèrement la tête et ses yeux se posèrent sur la cheville délicate de Sue, glissèrent sur son mollet et malgré la robe sagement étalée sur le reste du corps, il n'eut pas de mal à se rappeler cette cuisse pleine et ferme, ce ventre doux, ces seins petits et haut perchés, cette gorge palpitante. Et même si ce visage avait un peu changé, il retrouvait intact sa passion de jeunesse. Avec Sue, ils avaient eu une folle et éphémère aventure, juste avant qu'elle parte à des centaines de kilomètres pour faire ses études et devenir institutrice. Il avait alors mené sa vie de garçon, multipliant les conquêtes pour finir par épouser Meg.

Les yeux clos, il laissait défiler le film de leurs ébats. Le désir s'insinuait en lui s'emparant de ses sens exacerbés par la chaleur. Son souffle s'accélérait.

Imperceptiblement, le rythme du rocking-chair se ralentit.

Sue leva les yeux de son livre et les promena sur le corps musclé de cet homme qu'elle avait aimé. Elle frissonna au rappel de leurs étreintes et s’empressa de revenir à sa lecture. Elle avait beaucoup de mal à se concentrer, aux aguets de chaque mouvement de ce corps si proche et pourtant si lointain.

A force de jouer à cache-cache, leurs yeux se rencontrèrent, s'aimantèrent. Le rocking-chair s'immobilisa, le livre glissa sur le sol.

Ils se levèrent, se rapprochèrent, s'étreignirent. Un fougueux baiser réunit leurs lèvres, puis tout alla très vite. Leurs doigts se mirent à courir sur les boutons de la chemise, de la robe.

Leurs corps nus, luisant de sueur dans la pénombre ménagée par les volets clos, entamèrent leur langoureuse danse de l'amour. Tous les gestes revinrent.

Au bout d'une puissante étreinte, ils se séparèrent, haletants.

Prostrés dans la pénombre, le cœur battant, ils revenaient doucement au présent.

D'un même mouvement, ils furent debout, s'habillèrent et regagnèrent leur place, comme si rien ne s’était passé.

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Atelier virtuel d'écriture Michel - Mai 2026

23 Juin 2026, 11:49am

Publié par Pascale Blazy

Thème : coffre - épave de voiture

Titre ; Face de lion

Paolo avait pris l'habitude de venir jouer dans la forêt, il échappait ainsi à la vindicte de ses camarades de classe.

Dissimulée sous la ramure, il avait découvert l'épave d'une voiture. Les portières étaient bloquées, mais il se faufilait à l'intérieur par la fenêtre du conducteur. La première fois qu'il avait pénétré dans l'habitacle, il avait constaté que le volant et les pédales étaient en place, alors il s'était installé et, imitant le bruit d'un moteur, il parcourait des kilomètres dans sa superbe auto – jadis bleue – montée sur cales.

Aujourd'hui, il roulait depuis un moment en direction de la mer, lorsqu'il décida de faire une halte. Il sortit de son véhicule pour admirer le paysage. Au-delà de la forêt s’étendaient des prés à l'herbe drue et bien verte. Dans un enclos, quelques vaches ruminaient paisiblement.

Paolo fit le tour de sa voiture et s'avisa soudain qu'il n'avait jamais ouvert le coffre. Pour satisfaire sa curiosité, il fit jouer la serrure, le capot se souleva lentement. Alors qu'il se penchait pour inspecter l'intérieur, il fut soudain happé par un tourbillon qui l'entraîna dans une sorte de vortex. Ballotté dans l'obscurité, il tournoyait comme une feuille au vent d'automne, la pression était si forte qu'il perdit connaissance.

 

Lorsqu'il s'éveilla, il était allongé sur un lit dans une chambre, penchés sur lui deux corps humains à tête de chat.

  • Paolo, murmura doucement la chatte, ça va mon petit ? Tu nous as fait peur.

Paolo interloqué ne répondait pas, cette chatte avait la voix de sa mère. Il se dit qu'il devait rêver.

Rassemblant péniblement ses souvenirs, il voyait sa voiture dans la forêt, le coffre ouvert et... le trou noir.

  • Allons Paolo, dit le chat qui avait la voix de son père, tu as transgressé la loi, tu es entré dans la grotte sacrée et tu as perdu la face.

Arrivèrent deux militaires sanglés dans leurs uniformes, l'un à tête de sanglier, l'autre de phacochère.

  • Il doit nous suivre, dit le sanglier qui semblait être le chef, nous devons le conduire à l'isolement. Il doit retrouver la face.

Paolo promena ses mains sur son visage de jeune garçon, le phacochère y appliqua un masque blanc.

Sans attendre, les protecteurs – telle était leur appellation – se saisirent de lui et l'emmenèrent à travers les ruelles où circulait une foule d'humains à tête animale. Ils le firent entrer dans une grande bâtisse où ils le jetèrent dans une cave obscure.

Paolo resta ainsi dans le ventre de la maison, dans le silence et l'humidité de la cave.

Au début, un jeûne lui fut imposé, puis une gamelle d'une bouillie épaisse et nourrissante fut glissée par une ouverture au bas de la massive porte cloutée. De l'eau était livrée régulièrement par le même chemin. Il dormit beaucoup, recroquevillé sur un matelas à même le sol.

Bientôt il sentit son visage se transformer. Son nez s'épata, ses joues et son front se couvrirent de poils. Fébrilement, du bout des doigts, il suivait cette métamorphose.

 

Enfin la porte s'ouvrit, le sanglier et le phacochère l'extirpèrent de sa geôle pour le conduire dans une grande salle de bain où il fut lavé et habillé de vêtements neufs. Ce fut là qu'il découvrit son nouveau visage, sa face animale dans un grand miroir au cadre doré.

  • Nous allons te conduire chez le roi, dit le sanglier en le poussant dans un couloir vivement éclairé. Attention, pas de fantaisie. Respect. C'est le roi.

De nombreuses questions se bousculaient dans la tête du garçon, il jugea cependant prudent de ne pas les formuler.

Ils marchèrent longtemps, bifurquant dans les interminables couloirs et finirent par arriver devant une porte massive qui s'ouvrit devant eux.

La salle était vaste et silencieuse, au fond sur un trône de pierre noire un homme à face de lion les regardait avancer.

Sanglier le fit s'agenouiller et se prosterner devant le souverain, puis avec phacochère il sortirent de la salle. Les portes se refermèrent.

  • Lève-toi, viens près de moi, dit le roi. Tu sais bien que c'est toi qui a été choisi pour me succéder, pourquoi t'es-tu enfui ? Perdre la face n'effacera pas ta ligne de vie, tu es né lion, tu dois suivre ton chemin. Tu vas reprendre ton entraînement et travailler dur, je ne serai pas éternel. Ce trône est à toi. Je ne veux pas entendre tes réticences.

Le lion frappa deux fois dans ses mains. Sanglier et phacochère entrèrent et l’emmenèrent dans ce qu'ils nommèrent ses appartements.

Richement meublée la chambre était vaste, lumineuse, un coin était aménagé pour l'étude avec un bureau et une bibliothèque bien garnie.

Un homme à tête de chacal entra, il était son maître d'études, mais aussi son gouvernant chargé de lui enseigner les préceptes de la fonction de roi. Il semblait bien connaître ce jeune lion, depuis toujours. Paolo resta prudent, de crainte d'être démasqué. Il subit ainsi les enseignements prévus pour celui qu'il remplaçait : maniement des armes, apprentissage des lois, des usages, des stratégies de gouvernance et l'après-midi littérature, mathématiques etc, tout ce qu'il apprenait à l'école de son village.

 

Après quelques jours, à la nuit tombée, il déserta sa chambre pour se rendre à la grotte sacrée, c'était par là qu'il était entré dans cette société à face animale. Les livres évoquaient un passage secret, un couloir qui reliait les deux mondes.

Alors qu'il marchait dans la forêt, tout près de la grotte, un garçon surgit devant lui. Il était son sosie parfait, son double, son clone.

  • C'est toi qui occupe ma fonction, lui dit le nouveau venu. Pourquoi n'es-tu pas au palais ?

  • Tu sais très bien que je n'y suis pas à ma place puisque c'est la tienne.

  • Et si je n'en veux pas ?

  • Tu es né pour régner, pas moi, je...

  • Arrête ! Je crois entendre le roi.

Paolo réfléchissait pour convaincre ce garçon de reprendre sa place quand un bruit de bottes leur fit tourner la tête.

  • Les protecteurs ! s'exclama le garçon en tirant son sosie dans un buisson. Il ne faut pas qu'ils nous trouvent.

Une troupe de sangliers et de phacochères se déploya, battant la forêt. Quand elle s'éloigna, le garçon conduisit Paolo dans la grotte sacrée où la prêtresse à tête de louve officiait. Elle s'approcha d'eux, les dévisageant. Sans hésiter, elle s'inclina devant le futur roi, puis elle les fit asseoir tous les deux sur une banquette de pierre tout près du foyer. Alors, elle se mit à discourir, rappelant aux garçons l'importance de suivre son chemin de vie. Elle conseilla au futur roi de regagner son palais et de reprendre son apprentissage.

D'abord réticent à tous les arguments, il finit par accepter et s'en fut en traînant les pieds.

La prêtresse demanda alors à Paolo de l'accompagner au fond de la grotte où s'ouvrait un tunnel obscur. Avant de l’encourager à s'enfoncer dans les ténèbres, elle lui raconta la légende des deux mondes, chaque habitant de l'un avait son double dans l'autre avec des faces différentes. Elle enduisit ses mains d'un onguent odorant qu'elle passa sur le visage du garçon. Petit à petit il retrouva sa face première. Elle le poussa alors dans le tourbillon. Il se sentit happé, ballotté dans l'obscurité, tournoyant comme une feuille au vent d’automne, la pression lui fit perdre connaissance.

Lorsqu'il revint à lui, il était allongé sur la mousse, dans la forêt, au pied de sa voiture.

Dans un claquement le coffre se referma.

 

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Atelier d'écriture virtuel de Michel - Avril 2026

6 Mai 2026, 16:24pm

Publié par Pascale Blazy

Thème : le poisson

Titre : Sous le signe du Poissons

Comme j'en ai assez de flotter dans cet océan d'encre, accroché à mon frère, ce fat ronchon qui ne cesse de se délecter d'être une constellation du Zodiaque !

Triste jour où je l'ai suivi sans réfléchir, comme souvent du reste, me fiant à sa sagesse d'aîné.

Quand Zeus eut mis les titans en déroute, sa victoire ne fut hélas pas définitive, la Terre enfanta d'un dernier rejeton, une créature effrayante et terrible, du nom de Typhon. Ce monstre flamboyant, pourvu d'une centaine de têtes, se dressa contre les dieux, les menaçant d'une fin certaine de ses mâchoires acérées et de ses yeux jetant des éclairs.

Tous prirent la fuite.

Aphrodite et son fils Éros, en ultime recours, plongèrent dans les eaux tumultueuses du fleuve où mon frère, ébloui par sa grand beauté, s'empressa de lui porter secours, m'entraînant à sa suite.

Ce fut ainsi que la belle déesse s'allongea voluptueusement sur le dos de mon frère au comble de la joie et que j'héritais du turbulent gamin.

Nous les mîmes en sécurité dans notre caverne secrète, le temps pour Zeus de régler le problème.

Furieux qu'un autre que lui s'amuse à lancer des éclairs, il terrassa Typhon et l'emprisonna au cœur d'une montagne.

L'espiègle trublion tente parfois encore de jouer avec le feu du fond de sa geôle, mais c'est sans grand effet, juste une rivière incandescente qui dévale la pente du mont.

Pour nous remercier d’avoir sauvé la divine et son bambin, nous avons été propulsés dans les cieux, quittant l'élément liquide où j'aimais tant barboter.

Je regrette ces instants où dans les rayons du soleil je me plaisais à faire briller mes écailles d'argent, où je m'en allais jouer à cache-cache avec les sirènes et ces soirs bénis où, allongé sur une banc de sable, je les écoutais chanter de leurs voix mélodieuses et envoûtantes.

Comme il est loin ce temps !

J'ai bien songé à m'échapper, mais mon frère me retient et qui suis-je pour offenser les dieux ?

Me voici donc condamné à flotter dans cet océan d'encre, accroché à mon frère, éternelle constellation du Zodiaque.

 

 

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Atelier d'écriture virtuel de Michel - Février 2026

20 Mars 2026, 10:15am

Publié par Pascale Blazy

Thème : Le vent - Contrainte : n'employer le mot "vent" qu'une seule fois

Titre : Aux quatre vents

 

Une fois l'an, autour de la table de pierre, les quatre frères se réunissaient, venus des quatre coins de Territoire.

Quatre rois rassemblés dans le palais du milieu, immense bâtisse au centre exact des quatre domaines, où s'était écoulée leur enfance sous la houlette de L'Enchanteresse. Tour à tour, elle fut leur nourrice, leur préceptrice, leur mère et maintenant celle que leur père avait désignée pour être leur médiatrice. Malgré le temps passé, ses longs cheveux étaient d'or, son visage et son corps restaient ceux d'une femme dans la force de l'âge. Elle conservait la vivacité d'esprit et la sagesse d'une personne à l'éternelle jeunesse.

En ce jour de l'an, elle écoutait leurs doléances. Chacun souhaitait régner sur le royaume en sa totalité. L'Enchanteresse soupçonna Datura, venue des Ténèbres, visiteuse des songes de chacun, insufflant ses idées de discorde.

Aquilon, à la barbe et à la chevelure couleur de neige, vantait la beauté de ses paysages cristallisés par le froid.

Zéphyr, venu de l'Ouest, se targuait de la tiédeur de son souffle, propre à favoriser la germination.

Auster, aux cheveux bouclés, éclatants de lumière, de sa bouche gourmande encensait les bienfaits de la chaleur, propice à la maturation.

Subsolanus, au souffle chargé des senteurs de l'Orient, prônait l'enivrante douceur qui conduisait à l'apaisement, à la sérénité.

L'Enchanteresse les écoutait et pesait chacun de leurs arguments. Elle les observait, sûrs de leur fait, semblant détenir la vérité.

Elle devait trancher.

Ils attendaient.

A l'issue de la journée, une décision devait être prise pour maintenir la paix. Elle les connaissait, ses quatre garçons, déterminés et belliqueux comme leur père parti au loin, lui confiant cette rude tâche de la sauvegarde de Territoire.

Alors qu'ils commençaient à s'agiter, à s'invectiver et que le jour s'en allait déclinant, elle frappa dans ses mains, amenant le silence.

Tous se tournèrent vers elle, prêts à entendre sa décision, avec le plus grand respect.

Elle se leva et commença sa longue litanie :

  • Chers de mon cœur, j'ai écouté et entendu vos souhaits. Chacun de vous aspire à prendre la tête de Territoire et ce toute la durée de l'an, au détriment de ses frères. Allez-vous bafouer le désir de votre père qui voulait que chacun de vous ait une place, à part égale ? Où serait l'équité si l'un de vous s'arrogeait le droit de prendre la tête ? Je décrète donc que chacun, à tour de rôle, régnera sur Territoire, en ce palais du milieu, un quart de l'an. Les trois autres, en attendant leur tour, seront en leur royaume, ouverts aux exigences du roi du moment.

Elle marqua une pause, scrutant leur réaction.

Zéphyr, Auster et Subsolanus acquiescèrent, tandis qu'Aquilon renfrogné faisait crisser les cristaux de givre parsemés dans sa barbe.

  • Aquilon, je te sens hésitant, il faudra pourtant te plier à la majorité. Ne fais pas la mauvaise tête, tu seras le premier, celui qui permettra à Territoire de se reposer, de se ressourcer. Après cette période de dormance, Zéphyr tu viendras t'installer dans ce palais et tu éveilleras Territoire , favorisant le renouveau. Ensuite, Auster tu prendras le relais et accompagnera cette renaissance jusqu'à l'abondance. Viendra alors le tour de Subsolanus qui calmera les ardeurs de la chaleur en ramenant la douceur et en préparant la venue d'Aquilon et du repos retrouvé. Ceci me semble équitable. Il va de soi que chacune des évolutions sera étendue sur Territoire en son entier.

Les quatre frères accueillirent cette décision. Aquilon s'installa au palais du milieu et tout Territoire s'endormit et se figea sous le givre.

Partout régna la paix, chaque royaume profitant des bienfaits de l'autre.

Et l'année s’écoula.

Ainsi naquirent les saisons.

 

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Atelier Michel Décembre 2025

7 Décembre 2025, 14:01pm

Publié par Pascale Blazy

Atelier d'écriture virtuel - Thème : à la sainte Catherine tout bois prend racine

Titre : Les bois du seigneur

 

Petit Jo était un bébé abandonné au milieu de la forêt, trouvé par une vieille femme qu'il appelait grand-mère.

Avec elle, il vivait dans une cabane en rondins au village des bûcherons dans une clairière.

Cette petite communauté, en osmose avec son environnement, s'était peu à peu délitée, l’attrait de l'ailleurs, d'une vie meilleure.

L'épidémie, qui avait sévi au printemps dernier, avait eu raison des plus robustes. Petit Jo s'était retrouvé seul, pétri des traditions et des habitudes de son groupe. Devenu souverain du village, il s’acquittait de toutes les tâches que son jeune âge lui permettait. Ce fut ainsi, qu'alors qu'il sillonnait la forêt à la recherche de nourriture et de provisions pour la saison froide, qu'il découvrit les bois d'un cerf, abandonnés sur un tapis de mousse.

Heureux de ce cadeau, il s'en saisit et le rapporta dans sa cabane. Fier de sa trouvaille, reconnaissant de ce présent, il érigea un autel à la gloire du seigneur et dieu Cerf. Il se mit à lui parler et à le prier.

 

La vie solitaire était rude pour Petit Jo, souvent il ouvrait le livre contenant l'histoire de la petite fille qui vendait des allumettes. Il entendait la voix de grand-mère qui lisait. Un soir, il avait craqué les allumettes qui restaient, s'était brûlé les doigts sans voir les merveilleuses choses du conte et encore moins grand-mère.

 

Quand survint l'automne, que le souffle du vent se refroidit, que les arbres se vêtirent d'or et de pourpre, que le gel fleurit les brindilles, l'idée de planter un arbre germa dans l'esprit de Petit Jo.

Se souvenant du conseil des anciens, il guetta le jour de fêter Catherine et emporta la ramure du cerf au cœur de la forêt.

Muni d'une pelle, il creusa sous la bienveillance attentive des grands arbres. Lorsqu'il jugea le trou assez profond, il y dressa les bois du cervidé et rassembla la terre autour qu'il tassa avec application.

Puis il entonna un chant prière au dieu Cerf qui s'éleva jusqu'aux cieux où la lune brillait maintenant.

 

Chaque jour, Petit Jo venait rendre visite à son curieux arbre.

Chaque jour, il le trouvait un peu plus fort, un peu plus grand.

Le soir du solstice, le soir de la nuit la plus longue de l'année, Petit Jo trouva son arbre tout enguirlandé de toiles d'araignées scintillantes.

Émerveillé, il s'assit à son pied et il pensa très fort à grand-mère et à la petite fille de l'histoire qu’elle lui lisait. Il y pensa si fort qu'il fut inutile de craquer une allumette, sur un rayon de lune, grand-mère descendit, lui prit la main et dans un joyeux tourbillon, ils disparurent dans le ciel étoilé.

 

Quelques jours plus tard, des villageois, venus couper un arbre de Noël, trouvèrent Petit Jo inanimé, allongé au pied de la ramure d'un cerf plantée dans le sol gelé.

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Atelier de Michel Novembre 2025

28 Octobre 2025, 21:17pm

Publié par Pascale Blazy

Thème : interview à la radio

Titre : Aujourd'hui à la radio 

A lire ou à chanter sur l'air de la chanson de Nino Ferrer (1966) Oh hé hein bon

 

Oh hé hein bon

 

Mal dormi mal levé

Mal luné mal fagoté

En retard pas d'taxi

Bus en grève et sous la pluie

Important capital j'ai rendez-vous

Aujourd'hui à la radio

 

Oh hé hein bon

 

Tout chonchon tout transi

Tout sali et tout mouillé

Mon costard déglingo

Ma guitare cabossée

Important capital j'ai rendez-vous

Aujourd'hui à la radio

 

Oh hé hein bon

 

Bien mimi bien gentil

Bien sapé bien souriant

Présentateur vedette

Assistante pailletée

Important capital j’ai rendez-vous

Aujourd'hui à la radio

 

Oh hé hein bon

 

Fatigué lessivé

Éreinté et déprimé

Oubliées envolées

Les paroles de ma chanson

J'ai claqué ma carrière de chanteur

Aujourd'hui à la radio

 

C'est fini !

 

 

 

 

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Atelier virtuel octobre 2025

6 Octobre 2025, 20:03pm

Publié par Pascale Blazy

Sur une proposition de Yves : le chêne

Titre de mon texte : Pouvoir 

 

 

Un gland dans la main.

Une prairie au bord du chemin.

 

L'enfant y a semé le gland qui a germé.

Frêles pousses, ils ont grandi, ils ont forci.

Homme debout et fier, le nez au vent, propriétaire, contemple.

Chêne droit et majestueux, roi de la forêt, roi de cette prairie au bord du chemin, s'étale.

Les enfants des enfants de l'enfant jouent à son pied, dans ses branches. Dans sa chair, ils gravent leurs amours secrètes.

 

Le temps lent et inexorable coule, s'écoule.

 

Chêne, vieillard chenu, tronc noueux, membres tordus, écoute.

Au loin vrombissent des moteurs.

Le sol tremble sous la pression des mâchoires métalliques des engins.

Chêne solitaire, dans le silence du soir, dans la prairie au bord du chemin, se résigne.

 

La nuit douce et sage apaise, console.

 

Homme, dans la lumière du matin, dans la prairie au bord du chemin, avance.

La scie mord l'écorce.

Chêne, sans un reproche, sans une plainte, s'incline sous la main de l'homme, s'abat sur la prairie au bord du chemin.

Un enfant des enfants de l'enfant, sans doute.

 

Bientôt plus de pairie, plus de chemin, l'autoroute approche.

 

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